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  • : Le blog de Comite pour une Nouvelle Resistance- CNR
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  • : L’association, s’inspirant des idéaux et des réalisations énoncés et établis par le Conseil National de la Résistance (C.N.R.) a pour but la mise en œuvre de réflexions, d’initiatives et d’actions visant à faire naître et vivre une « Nouvelle Résistance » favorisant la défense des conquêtes des mouvements sociaux de notre République.
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comité pour une nouvelle résistance C N R 06

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Lucie Aubrac résistante

St André des Alpes / 9 /07/11

Comité pour une Nouvelle Resistance- CNR / St André des Alpes / 9 / 07/ 11

 

Explication du maire , des raisons pour lesquelles  lui  et son équipe aient refusé le matin meme l'accès  à la salle alors que cette journée était prévue , organisée de longue date ...

Tout se termina bien  , Monsieur le maire et son équipe  ont fini par " capituler "  face à l'indignation de nos résistants d'hier...

9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 08:11

http://expansionquebec.com/wp-content/uploads/2013/08/carte-ukraine-2013.gif

 

Lire les éditoriaux sur l’Ukraine aujourd’hui, c’est faire un voyage dans le temps. Prenons celui de Nathalie Nougayrède publiè dans Le Monde du 7 mars 2014 : « Quelles leçons tirer à ce stade de la spectaculaire crise surgie au cœur du continent européen, en Ukraine, longtemps ce « fantôme de l’Europe », selon une expression de l’ancien dissident Léonide Plioutch ? La diplomatie russe est un formidable rouleau compresseur avançant sans relâche, dans le style Gromyko des années 1970 (…) ». Quelques jours auparavant, le grand quotidien du soir avait publié plusieurs dessins de Plantu montrant Poutine arborant la faucille et le marteau. Le communisme a beau être mort, son fantôme semble toujours hanter les rêves des anticommunistes.


Mais je vois que mes jeunes lecteurs semblent perplexes. Je vois que vous demandez qui peut bien être Léonide Plioutch. Est-ce un chanteur de Rock ? Un homme d’affaires peut-être ? Et non… c’est « super-dissident ». On a du mal à croire que son nom, comme celui de Iouli Daniel, de Anatoli Chtcharansy, d’Andrei Siniavsky et beaucoup d’autres a été pendant une décennie à la une des gazettes les plus en cours sur la place de Paris. Que des titres aussi prestigieux parmi la bienpensance que Le Nouvel ObservateurLibérationLe Point, Le Monde ou l’Express leur ouvraient généreusement leurs colonnes.

 

Qu’ils étaient la coqueluche de toutes sortes d’émissions de télévision, de pétitions et de colloques. Aujourd’hui, qui s’en souvient d’eux ? Oh ! combien de marins, combien de capitaines, qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, dans ce morne horizon se sont évanouis ?


Tous ces éminentes mathématiciens, philosophes, écrivains, intellectuels qui en leur temps furent qualifiés de conscience du monde sont aujourd’hui oubliés. Qui lit les œuvres complètes de Iouli Daniel ou Andrei Siniavsky, dont wikipédia nous dit que ce sont des « écrivains » mais ne cite pas une seule de leurs œuvres ? Qui connaît un seul travail des éminents mathématiciens Plioutch ou Chtcharansky ? Personne, bien entendu. C’est d’ailleurs aussi le cas pour des « dissidents » ayant eu une carrière médiatique de premier plan, comme Andreï Sakharov – le physicien génial qui n’a rien produit en physique – ou même Alexandre Soljénitsine. « L’archipel du Goulag » doit être le livre qui bat le record du rapport entre les gens qui en parlent et ceux qui l’ont lu.


Comme disait Coco Chanel, « la mode est ce qui se démode ». Et les « dissidents » se sont affreusement démodés. Ils avaient été élevés au rang de « grands intellectuels » dans une logique de propagande au service d’une politique, celle du néolibéralisme reagano-thatchérien de la fin des années 1970 au début des années 1990 qui a fort habilement utilisé le mécontentement des « fausses classes moyennes » (1) surgies en URSS et dans les autres pays socialistes pour abattre ces régimes. Dès lors que l’objectif a été atteint, ils ont été rangés au magasin des accessoires. Plus d’entretiens exclusifs, plus de pétitions, plus d’articles. Certains sont devenus d’ailleurs peu présentables à force de survivre à leur cause. Tant qu’ils se contentaient de dire du mal de l’URSS, ça passait. Mais lorsqu’un Soljénitsyne s’embarque dans des délires nationalistico-mystiques aux forts relents antisémites pour finir par embrasser sur la bouche Pinochet et de prononcer son éloge, lorsqu’un Chtcharansy devient en Israel un politicien d’extrême droite et milite pour le « grand Israel », cela commence à faire désordre. Et certaines personnalités de ce qu’on appelait pudiquement « la gauche non communiste » - nom code pour la gauche anticommuniste – ont pu légitimement se demander s’ils n’avaient pas servi d’idiots utiles à une campagne politique qui les dépassait et dont ils n’avaient pas compris les véritables tenants et aboutissants (2).


Certains me diront que cela n’a guère de l’importance. Que seuls les résultats comptent, et que le résultat est là : la démocratisation d’une grande partie de l’Europe de l’Est et son intégration aux institutions internationales qui assurent la stabilité du monde occidental, l’amélioration des niveaux de vie… c’est une objection valable et que je garde pour un prochain papier. Mais le projet thatchero-reaganien allait bien plus loin que cela. Il s’agissait de remettre en cause l’ensemble du « pacte social » issu de la deuxième guerre mondiale. Sur le plan intérieur, cela voulait dire le retour à un libéralisme sauvage et la disparition des organes de redistribution de la richesse. Sur le plan extérieur, la remise en cause des principes fondamentaux inscrits dans la logique des nations unies, et notamment les principes de non ingérence dans les affaires intérieures des états, d’intangibilité des frontières et d’action collective.


En quoi consistent ces principes ? Celui de non ingérence semble être évident : chaque nation souveraine gère ses conflits internes comme bon lui semble, et les autres nations n’ont pas à intervenir. Celui de l’intangibilité des frontières aussi : les frontières des nations telles qu’elles ont été fixées après 1945 sont intangibles et aucune modification qui ne se fasse par un commun accord n’est possible. Enfin, le principe d’action collective implique qu’on puisse dans des circonstances exceptionnelles violer les deux premiers principes, mais seulement avec un accord unanime des grandes puissances et une majorité des nations. C’est la logique de fonctionnement du Conseil de Sécurité des Nations Unies.


Ces principes n’ont rien de sacré ou de naturel. Ils sont au contraire teintés de pragmatisme. Celui de la non ingérence comme celui de l’intangibilité des frontières tirent les leçons des deux guerres mondiales, et notamment la question des minorités nationales : l’espoir de faire modifier les frontières invitait les minorités à refuser tout accord et jouer la politique du pire – ce fut le cas dans les Sudètes, par exemple – et aux états voisins de se mêler des affaires intérieures. En même temps, le principe d’action collective donnait une soupape dans les cas ou le comportement d’un Etat serait si contraire aux intérêts de tous que l’unanimité des puissances pourrait être obtenue. Comme tout « principe », ceux-ci ont connu un certain nombre de violations pendant la période 1945-80. Mais à chaque fois, ces violations ont été soigneusement limitées pour ne pas faire apparaître la violation au grand jour. Dans le monde bipolaire de l’époque, il paraissait difficile de donner à l’autre camp des arguments en violant les principes en question d’une manière trop flagrante. La France et la Grande Bretagne ne l’ont pas compris en 1956, lors de l’intervention de Suez, et se sont fait moucher.


La « chute du mur » et ce qui s’en est suivi a permis pendant quelques années aux américains et leurs alliés de croire à un monde unipolaire. Les USA étant tout-puissants, on allait voir ce qu’on allait voir. On allait pouvoir enfin faire triompher le Bien et le Beau sans avoir à se gêner avec des consultations et des principes obsolètes. Et chacun se donna à cœur joie. Les américains ont conçu le rêve délirant de sauver le monde un peu partout : en Somalie, en Irak… avant de constater que les choses ne sont pas si simples, et que comme le disait Talleyrand, on peut se faire un trône avec des baïonnettes, mais qu’il est imprudent de s’asseoir dessus. En Europe, ce fut l’Allemagne – à qui Mitterrand n’avait rien à refuser – qui réalisa son rêve : casser les ensembles multinationaux pour fabriquer des petits états ethniques, plus faciles à intégrer à l’espace centro-européen dominé par l’Allemagne. La reconnaissance de la Slovénie – qui aura pour effet de provoquer les guerres de Yougoslavie – tout comme celle des pays baltes ou la division de la Tchécoslovaquie ont mis en morceaux le principe de l’intangibilité des frontières. Mais l’exemple le plus dramatique reste sans doute le Kossovo. Dans cette affaire, les puissances occidentales sont intervenues sans mandat de l’ONU pour détacher une province d’un état souverain dont les frontières étaient reconnues. Tout ça, bien entendu, au nom du plus grand Bien et de la Morale la plus élevée. D’accord, c’était illégal, mais comment peut-on être aussi mesquin lorsqu’il s’agit d’un tyran comme Milosévic ?


Ce sont vingt ans de turpitudes qui reviennent nous rendre visite aujourd’hui. Après le Kossovo, on devrait avoir du mal à chanter avec des trémolos dans la voix la sérénade de l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Si les kossovars avaient la possibilité, sous prétexte qu’ils ne s’entendaient pas avec les serbes, d’obtenir des bombardements de l’OTAN sur Belgrade pour obliger la Serbie à leur accorder l’indépendance, pourquoi les ukrainiens russophones de crimée (ou d’ailleurs…) n’auraient eux aussi la possibilité de faire bombarder Kiev pour obtenir la même liberté ? Heureusement que Poutine est plus modéré que Clinton…


Lorsqu’on représente le Bien, nous dit la doctrine actuelle, tout est permis. Pour faire le Bien, on peut bombarder un pays, emprisonner des gens pendant une décennie sans jugement ni même accusation, assassiner des gens par simple décision administrative. Dès lors qu’on est du côté de l’excellence morale – et c’est nous qui déterminons qui est de ce côté, donc la boucle est bouclée – on peut légitimement tout se permettre. Et c’est exactement ce qu’on fait depuis trente ans. Il est paradoxal de constater que l’effondrement du communisme a eu pour effet secondaire l’effondrement de tous les principes philosophiques et moraux que le « monde libre » avait semblé soutenir avec autant de vigueur lorsque le monstre communiste était encore débout. Je me souviens encore d’un de mes éminents professeurs de droit argumentant que la supériorité du monde occidental sur le système communiste était contenue dans le principe d’habéas corpus. Je me demande ce qu’il enseignerait aujourd’hui, ce professeur, au vu de Guantanamo, des « extraordinary renditions », des « assassinats ciblés ».


C’est que la chute du communisme, contrairement à la croyance naïve de beaucoup de « dissidents » et de leurs amis occidentaux, ne s’est pas traduit par le triomphe du Bien. Le rêve d’une Russie, ou de n’importe quel autre pays intégrant l’ancienne URSS, allant vers un capitalisme libéral ne pouvait qu’être déçu. Pour la simple raison qu’un capitalisme de type féodal était bien plus intéressant non seulement pour les couches moyennes russes, mais aussi pour les entreprises multinationales. Aux premières, un capitalisme féodal offrait la possibilité de mettre la main sur une bonne partie des actifs publics de l’époque soviétique et bâtir du jour au lendemain des fortunes. Aux secondes, cela offrait la possibilité de juteuses affaires.

 

C’est pourquoi le « système » Boris Eltsine – dont la corruption n’avait rien à envier à celle du régime Poutinien – a été soutenu jusqu’au bout par l’ensemble des puissances occidentales, celles-là mêmes qui reprochent tout et le reste à Poutine (3). Pourquoi ? Parce que, comme disait Roosevelt à propos de Somoza, Eltsine était un fils de pute mais c’était notre fils de pute. Poutine est peut-être un fils de pute, mais ce n’est pas le notre. D’où la campagne qui s’abat sur lui depuis un certain nombre d’années, et surtout chaque fois qu’il met en cause le « je fais ce que je veux et je vous emmerde » des occidentaux. Mais au-delà des postures médiatiques, si les chancelleries occidentales condamnaient les dirigeants corrompus et autoritaires simplement parce qu’ils sont corrompus et autoritaires cela se saurait. Et on observe au contraire que ces chancelleries s’accomodent fort bien de la corruption et de l’autoritarisme chez ceux qui servent leurs intérêts.


Et le même raisonnement vaut pour l’Ukraine. Ioulia Timochenko était prête à vendre l’Ukraine à l’Union Europenne. Les occidentaux ont donc soutenu la « révolution orange » puis le gouvernement corrompu et clientéliste qui en est issu. Et lorsqu’elle a fini en prison – ce qu’elle méritait incontestablement – on l’a encore et toujours défendue. De la même manière, le gouvernement corrompu et clientéliste de Viktor Ianoukovitch n’a semblé gêner personne aussi longtemps qu’il semblait prêt à signer l’accord d’association avec l’Union européenne. Et s’il l’avait signé, cet accord, il serait certainement en train de siroter son thé dans sa mansion de Kiev en compagnie de quelque dignitaire occidental venu lui rendre visite et s’enquérir de ses besoins. Mais voici qu’il décide plutôt de signer avec la Russie. Et tout à coup, le clientélisme et la corruption deviennent pour nos dirigeants insupportables, scandaleux au point de justifier son renversement par la rue. Par contre, la légitimité du nouveau gouvernement ukrainien, présidé par un ancien du gouvernent Timoshenko – les clientélistes et les corrompus doivent trembler de peur – et comptant plusieurs ministres néo-nazis ne pose de problème à personne…


Il suffit d’écouter la radio ou de lire les journaux pour réaliser qu’on essaye de nous faire repartir en croisade morale. On nous invite à considérer la crise ukrainienne en termes manichéens. Du côté du Bien, le « peuple de Maïdan » formé essentiellement des classes moyennes urbaines mais qui prétend représenter « peuple ukrainien. Du côté du Mal, l’infâme Poutine et les affreux « russophones » qui, et ce n’est pas totalement innocent, coïncident aussi avec l’Ukraine industrielle et ouvrière. Ca ne vous rappelle rien ?


Pourtant, cette présentation manichéenne montre quelques fissures et devient vite incohérente. Ainsi, on découvre par exemple que le gouvernement ukrainien composé sous la pression de « euro-Maïdan » compte une participation importante du mouvement politique « Svoboda », dont l’expression publique ferait passer Jean-Marie Le Pen pour un agréable modéré, et Marine Le Pen pour une gauchiste.

 

Polonophobie, russophobie, antisémitisme, homophobie – je dis cela pour les dragons de vertu qui, dans le cas de Poutine, semblent beaucoup plus regardants – sont les mamelles du discours de cette organisation. Qui s’est distinguée par exemple en glorifiant le passe collaborationniste ukrainien, ou en organisant la commémoration du 70ème anniversaire de la création de la division SS Halychyna constituée de collaborateurs ukrainiens et qui s’est distinguée, si l’on peut dire, par des actes de barbarie qui font pâlir la réputation de la SS Das Reich. Une organisation qui maintient des contacts nourris avec les partis néo-nazis les plus extrêmes, comme le NPD allemand. Un mouvement qui détient aujourd’hui cinq postes ministériels dans le gouvernement ukrainien et pas des moindres : premier ministre adjoint, secrétariat du Conseil de Sécurité et de Défense, Procureur général, ministère de l’Education… Pour un gouvernement censé représenter le Bien, on est bien mal parti. Mais bon, le nouveau premier ministre a promis de signer l’accord d’association avec l’Union Européenne, et cela vaut toutes les indulgences. Quand on pense qu’il n’y a pas si longtemps Bruxelles s’était fâché tout rouge lorsque les autrichiens s’étaient donnés un gouvernement de coalition avec l’extrême droite…


Revenons donc à la réalité, même si cela doit faire de la peine à Natalie Nougayrède et couper les élans lyriques et assez délirants – l’âge n’arrange généralement rien à la mégalomanie – de BHL. L’Ukraine est une région de l’empire russe devenue, par les hasards de l’histoire, indépendante. Et malgré tous les efforts pour reconstruire une « culture nationale ukrainienne » à partir des bribes d’une histoire très complexe au cours de laquelle le territoire qui est celui de l’ukraine aujourd’hui a été plusieurs fois divisé et re-divisé, colonisé et recolonisé par des peuples de langues, de cultures et de traditions différentes, on peut se demander s’il existe un véritable « état-nation » ukrainien. Il faut remonter au XVIIème siècle pour trouver une unité politique indépendante, et encore, il s’agit de l’Hetmanat cosaque, qui ne couvrit qu’une petite partie du territoire actuel. L’Ukraine, c’est en plus, un capitalisme féodal, dominé par des oligarques extraordinairement riches dans une société très pauvre. Et comme toute féodalité, ces oligarques ne craignent rien autant que la constitution d’un pouvoir fort, d’un tsar en mesure de mettre au pas les boyards. C’est pourquoi cette oligarchie pousse à l’intégration européenne plutôt qu’aux accords avec la Russie. La soi-disante surveillance de Bruxelles n’a jamais empêché les systèmes maffieux de prospérer. Pour le constater il suffit de passer quelques jours en Pologne, en Roumanie, en Bulgarie en Italie ou à Bruxelles même, la ville aux cent mille lobbistes. Poutine est dangereux parce qu’il peut vous mettre en prison, tout oligarque que vous êtes. A-t-on jamais vu Bruxelles mettre un oligarque en prison ? Vous plaisantez…


Il y a aussi en Ukraine une classe moyenne urbaine qui rêve d’Europe. Disposant de diplômes, de capital, bref, de tout ce qu’il faut pour se lancer, elle rêve de vivre comme les classes moyennes à Paris, à Londres ou à Berlin. On peut compter sur elle pour aider à renverser tout pouvoir qui la priverait de ses rêves.


Et il y a finalement une classe ouvrière qui est dans l’attente. Elle sait par expérience combien l’intégration européenne est ambiguë à son égard. D’un côté, elle lui apporte du travail et des investissements, attirés par le faible coût de main d’œuvre, des contraintes administratives et environnementales. D’un autre côté, elle détruit le tissu économique et social du pays en le faisant entrer en compétition avec des économies à très haute productivité. Les régions industrielles sinistrées de Pologne, d’Allemagne de l’Est, de Roumanie rappellent cette triste réalité.


A cette réalité sociologique s’impose une seconde, une réalité ethnique. Les temps ne permettent pas aujourd’hui une politique de type jacobin, qui « ukrainiserait » les russes installés dans le coin pour certains depuis trois cents ans. Dans ces conditions, les alternatives sont la partition ou le fédéralisme accompagné d’un état central suffisamment efficace pour donner envie aux provinces fédérées d’y rester. Le vote par le parlement ukrainien sous la pression de « euro-Maïdan » d’une loi faisant de l’ukrainien la seule langue officielle et excluant donc le russe montre que sur cette question le Kiev prêche plutôt l’intolérance. Ce n’est pas un début encourageant.


La partition de l’Ukraine serait en fait dans la continuité de cette doctrine ethniciste et communautariste qu’on nous sérine depuis trente ans et qui veut qu’on ne puisse vivre correctement qu’avec des gens qui sont comme nous. C’est au nom de ce principe idiot qu’on est reparti pour constituer des états « ethniquement purs » en Europe sur les ruines fumantes des états « multinationaux ». Tchèques est Slovaques étaient-ils si différents qu’ils ne pouvaient pas partager un Etat ? Serbes et Croates, Slovènes et Macédoniens qui avaient vécu un demi-siècle en paix étaient-t-ils prédestinés à la guerre ? Et plus près de chez nous, ne nous raconte-t-on pas qu’il est urgent de donner aux Flamands, aux Catalans, aux Basques, aux Bretons et aux Corses leur indépendance puisqu’il est évident qu’ils ne peuvent partager des institutions avec des gens qui ne sont pas comme eux ?


Pourquoi ce qui serait parfaitement légitime à Anvers ne le serait pas à Kharkov ? Pourquoi ce qui vaut pour Sébastopol ne vaudrait pas aussi pour Bilbao ou Bastia ? Le principe d’intangibilité des frontières protégeait autant la paix en Ukraine que celle de la Belgique ou de la France. Il serait peut-être temps de s’en souvenir.


Descartes


(1) Vous direz que c’est ma marotte, et je l’assume. Je pense que le rôle des classes moyennes est fondamental pour comprendre la dynamique des sociétés du dernier quart du XXème siècle. Cette question prend une forme particulière dans le monde capitaliste, celle d’une couche sociale qui arrive à empocher la totalité de la valeur qu’elle produit. Ce phénomène n’existe pas, bien entendu, dans un système socialiste. Cependant, dans un monde ou chacun sait ce que les autres font, elle produit un effet miroir. Le professeur, l’ingénieur, le petit commerçant soviétique pouvait observer les avantages et privilèges dont jouissaient les gens ayant un capital équivalent au sien, et désirer donc un retour au capitalisme qui ne pouvait être qu’à son avantage. C’est à mon sens ce mécanisme d’effet miroir qui explique la puissance de la pression exercée par ces groupes sociaux sur Gorbatchev pour rétablir une forme de capitalisme, et ensuite, lorsqu’il s’est avéré qu’il n’était pas prêt à aller assez loin, à le destituer et le remplacer par une personnalité capable d’ouvrir bien grandes les vannes. C’est sous Eltsine que la « fausse classe moyenne » soviétique est devenue une vraie classe moyenne, reprenant les meilleures traditions des classes moyennes occidentales, y compris celle de jeter la classe ouvrière au crocodile…


(2) Par charité chrétienne je n’évoquerais pas plus longuement ici la transformation médiatique des Talibans et autres obscurantistes locaux en « combattants de la liberté », ou la défense du régime des Khmers Rouges par les anciens maos lorsque le régime vietnamien – allié, horresco referens, de l’URSS - prit le parti de les renverser. Pas plus que je n’évoquerai l’histoire des « repentis », anciens militants communistes qui après une révélation divine passèrent le reste de leur vie à brûler ce qu’ils avaient adoré et adorer ce qu’ils avaient brûlé. Ce qui bien entendu ne gêna nullement leur carrière. On peut vivre longtemps, avec trente deniers…


(3) A ce propos, l’affaire Khodorkhovsky est assez révélatrice. Mikhail Khodorkhovsky est un oligarque russe qui a fait sa fortune – par les moyens qu’on peut imaginer – durant la période eltisinienne. Une très grande fortune, est-il besoin de le préciser ? Emprisoné par le régime de Poutine suite à d’obscurs conflits entre nouveaux et anciens oligarques, Khodorkhovsky a été emprisonné. On aurait pu s’attendre à ce que nos commentateurs concluent cette affaire d’un lapidaire « celui qui tue par le fer, périra par le fer ». Et bien non : du jour de son incarcération, il est devenu la coqueluche des médias occidentaux. Une sorte de nouveau « dissident », en somme, au point de mériter une pleine page dythirambique dans « Le Monde ». Et aussi - ce qui est plus étrange – il a pu compter sur l’attention d’un certain nombre de gouvernements. Ainsi, par exemple, Angela Merkel avait sollicité, lors d’une visite officielle en Russie, sa libération. Ce qui amène à s’interroger sur le véritable rôle de Khodorkhovsky pendant les années Eltsine… était-il plus qu’un simple agent d’influence ?

 

http://descartes.over-blog.fr/2014/03/ukraine-a-l-est-rien-de-nouveau.html

 


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Published by Comite-pour-une-Nouvelle-Resistance -CNR - dans Politique
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