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  • : L’association, s’inspirant des idéaux et des réalisations énoncés et établis par le Conseil National de la Résistance (C.N.R.) a pour but la mise en œuvre de réflexions, d’initiatives et d’actions visant à faire naître et vivre une « Nouvelle Résistance » favorisant la défense des conquêtes des mouvements sociaux de notre République.
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comité pour une nouvelle résistance C N R 06

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Lucie Aubrac résistante

St André des Alpes / 9 /07/11

Comité pour une Nouvelle Resistance- CNR / St André des Alpes / 9 / 07/ 11

 

Explication du maire , des raisons pour lesquelles  lui  et son équipe aient refusé le matin meme l'accès  à la salle alors que cette journée était prévue , organisée de longue date ...

Tout se termina bien  , Monsieur le maire et son équipe  ont fini par " capituler "  face à l'indignation de nos résistants d'hier...

3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 07:42

http://infos-dijon.com/wp-content/uploads/2013/11/Pie%CC%80ce-jointe-85.jpeg

 

http://www.usinenouvelle.com/mediatheque/0/8/4/000162480_5.jpg 
TRW ont passé trois jours sur les sites polonais du groupe où une partie de leur activité a été délocalisée. Une manière inédite de protester contre la fermeture de l'usine.

Par Sébastian SEIBT / France24

 

Ils sont rentrés de Pologne samedi 30 novembre. “Satisfaits”, résume Christophe Depierre, délégué CGT et membre de l'intersyndicale de l’usine de l’équipementier automobile américain TRW de Longvic, contacté par FRANCE 24. Mais qu’on ne s’y trompe pas : pour lui et la quarantaine de salariés du site en péril de l’agglomération de Dijon, ce déplacement n’avait rien de vacancier. Ils sont allés à la rencontre des ouvriers polonais de TRW, où une partie de la charge de travail du site de Longvic a été délocalisée. C’est la première fois, en Europe, que des salariés d’une usine menacée de fermeture manifestent leur colère devant les locaux des sites appelés à reprendre leur activité.


“Mais on y allait absolument pas pour casser la gueule à ceux qui sont censés avoir repris nos emplois comme on a pu leur faire croire”, précise d’emblée Christophe Depierre qui accuse la direction de TRW d’avoir tenté de monter les ouvriers polonais contre eux. Les ouvriers français ont fait le voyage pour manifester, au contraire, leur “solidarité” avec les collègues polonais, assure le syndicaliste français. “Les employés polonais étaient surpris de nous voir dans de si bonnes dispositions à leur égard”, raconte-t-il. Leur message ? “Aujourd’hui, c’est en Pologne qu’on délocalise, mais qui peut dire si demain ce n’est pas dans un pays avec un coût de main d’œuvre encore plus bas comme la Roumanie”, prévient-il.


“On voulait aussi leur dire qu’il n’y avait aucune raison qu’ils se fassent exploiter par TRW, une multinationale profitable”, assure Christophe Depierre. Un message d’autant plus important à ses yeux que la délégation française a été “choquée” par les conditions de travail de leurs homologues polonais. Ils vivraient, d’après lui, dans la “crainte d’être licenciés s’ils revendiquent une amélioration de leur situation”. Ils sont payés environ 350 euros par mois, soit moins de la moitié du salaire moyen polonais (880 euros par mois) et n’ont pas de mutuelle.


D’autres voyages en perspective


Mais au-delà de la volonté de dénoncer “l’exploitation des ouvriers polonais”, ce voyage de trois jours était aussi un moyen de mettre la pression sur la direction afin de faire avancer le dossier de l’usine française. “Demain, on a une réunion sur le plan de sauvegarde de l’emploi et on va voir comment TRW réagit à notre initiative”, affirme Christophe Depierre.


À Longvic, ce sont 148 ouvriers dont l’emploi est menacé par la volonté de la direction de fermer le site. Pour la CGT, cette décision, annoncée en mars dernier, est d’autant plus incompréhensible que l’usine est bénéficiaire et que TRW est l’un des équipementiers automobiles les plus rentables au monde. Contactée par FRANCE 24, Louise Colledge, porte-parole de TRW Europe, souligne être “consciente de l’impact de ces actions sur la vie de nos salariés et nous faisons de notre mieux pour les soutenir. Nous devons faire en sorte que chacun de nos sites soit compétitif afin d’assurer de nouvelles opportunités et de protéger l'emploi futur”.


Une déclaration qui ne risque pas de calmer les ardeurs des ouvriers de Longvic. Ils ont déjà prévu d’aller manifester devant l’usine de Shirley (au sud de Birmingham, en Grande-Bretagne), puis de retourner en Pologne avec leurs collègues allemands de TRW. Et si tout ça ne suffit pas, Christophe Depierre est près à prendre la tête d’une délégation qui irait crier sa colère sous les fenêtres de la direction de TRW aux États-Unis.


Seul frein à cette frénésie de voyage revendicatif : l’argent. Le déplacement en Pologne a été rendu possible grâce à une subvention du Grand Dijon, des dons privés et plusieurs actions de collecte de fonds de la CGT. Le budget du voyage en Grande-Bretagne est déjà quasiment bouclé. Pour le reste, les ouvriers de l’usine de Longvic comptent sur les dons privés.

 


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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 07:23

KPRF_logo_color.jpg

 

Déclaration du Présidium du CC du KPRF (Parti communiste de la Fédération de Russie)

 

Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Le KPRF suit avec inquiétude la situation dans le pays frère ukrainien. Dans les vingt-quatre dernières heures, les affrontements de rue se sont intensifiés, menaçant de dégénérer en spirale sanglante massive. Les événements qui ont commencé par un rassemblement pacifique des partisans de l’intégration européenne se transforment désormais en tentative de renverser le gouvernement légitime d’un Etat souverain, une autre « révolution orange ». Plusieurs faits révèlent sans le moindre doute qu’il y a la patte des spin doctors occidentaux dans l’organisation de ses manifestations massives. Ce n’est pas la première fois que ces messieurs attisent des tensions inter-ethniques à des fins guère avouables.

 

Les peuples russes et ukrainiens ont vécu des moments difficiles ensemble, et ils ont remporté de nombreuses victoires sur le champ de bataille, et sur le front du travail, en se tenant côte à côte. Le KPRF appelle le peuple à ne pas succomber aux provocations des extrémistes. Une division entre nos deux pays ne serait bonne ni pour la Russie ni pour l’Ukraine. Nous partageons entièrement la position avancée dans la déclaration du Premier Secrétaire du Parti communiste ukrainien : la responsabilité de l’escalade de la violence en Ukraine ne retombe pas uniquement sur les autorités et la dite « opposition », mais aussi sur les émissaires occidentaux qui tentent de jouer aux marionnettistes, tirant les ficelles de ce jeu politique pourri.

 

Ce qui se passe n’a rien à voir avec une révolution populaire. L’Ukraine est face à une nouvelle vague de propagation de la « peste orange ». Les véritables objectifs de ceux qui sont derrière ce phénomène sont bien loin des intérêts nationaux des Ukrainiens. L’expérience d’événements similaires en Serbie, Géorgie et au Moyen-Orient atteste que les soi-disant champions du « choix démocratique » sont intérêts avant tout par le partage du patrimoine public, l’accaparement des ressources naturelles et des marchés. Ils n’ont pas besoin d’une Ukraine forte. Donc ces messieurs essaient de semer la discorde entre Russes et Ukrainiens et entraver l’instauration de relations fraternelles entre Russie et Ukraine, et la mise en commun des potentiels de nos Etats.

 

Le KPRF appelle les forces politiques saines en Ukraine à entamer une discussion civilisée sur les problèmes qui se sont accumulés. La manipulation de la conscience des masses, dans les intérêts contraires de ceux de l’absolue majorité des citoyens du pays, ne peut être tolérée. L’avenir de l’Ukraine doit être décidé par son peuple, et non par ceux qui ont sans vergogne usurpé le droit de parler à son nom.


*  Maidan est la place centrale de Kiev où se réunissent les manifestants

 


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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 12:20

http://tiersetat.blog.lemonde.fr/files/2013/05/barroso.jpg

 

Un scoop de « canempechepasnicolas » : 

un dangereux populiste

à la tête de la Commission Européenne!

 

par Jean LEVY 

 

Selon « Le Monde », José Manuel Barroso, commentant le refus de l’Ukraine de signer un accord d’association avec l’Union européenne, du fait de la pression russe, s’est exclamé:

« Le temps de la ‘souveraineté limitée’ est révolu ! ».

 

Une telle affirmation de la bouche du plus haut responsable de l’UE a de quoi étonner et choquer les partisans de l’intégration européenne.


N’est-ce pas là s’en prendre directement au contenu des traités qui lient entre eux 28 Etats de notre continent, et en particulier  au TSCG, qui impose aux divers gouvernements de soumettre préalablement à la Commission européenne pour approbation, les projets des budgets nationaux, avant que ceux-ci  ne soient, une fois conformes avec les directives communautaires, soumis ensuite aux parlementaires de chaque pays.

 

S’en prendre à l’idée de « souveraineté limitée » ne serait-il pas un acte de sabotage délibéré de l’idée européenne elle-même, commis par José Manuel Barroso ?


Comment, dans ces conditions, qualifier ce personnage, si ce n’est en dénonçant ses dangereuses convictions populistes.


Ces actes de trahison au sommet de l’Union expliquent les difficultés que celle-ci rencontrent avec les citoyens, leurs doutes et les rejets que

l’UE  inspirent majoritairement dans les différentes opinions publiques ?


Attitude reconnue par Le Monde, qui écrit dans l’éditorial daté du 28 novembre 2013 :


« Une fois encore, l’Europe a déçu. Au sud, l’Union à 28 suscite la colère et l’écœurement des peuples… ». Et la quotidien du soir, certainement influencé par les propos défaitistes de Manuel Barroso, d’affirmer : « la partie russe, elle, n’a eu à transmettre qu’un message : l’Europe, ce sont des efforts, de l’austérité et des contraintes, avec, à la clé, la crainte d’un libéralisme échevelé pour une récompense plus qu’hypothétique ». Et de conclure : « Tout rapprochement (avec l’Europe), impliquait son lot de réformes structurelles, d’efforts de désendettement, de rigueur budgétaire… ».

 

Les Français et les Européens connaissent.

 

Les Russes, eux, offraient des milliards d’aide.

 

Le gouvernement ukrainien a choisi ces milliards…que José Manuel Barroso qualifie avec dégoût de « souveraineté limitée ».


 

http://canempechepasnicolas.over-blog.com/article-un-scoop-de-canempechepasnicolas-un-dangereux-populiste-a-la-tete-de-la-commission-europeenne-121395184.html

 


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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 17:30

Par Michel Soudais 29 novembre 2013 - Politis.fr

 

http://www.politis.fr/local/cache-vignettes/L650xH432/P_Terrasse-5b0a4.jpg

Pascal Terrasse à Bourg-Saint-Andeol, le 16 novembre, en compagnie de Pierre Moscovici (Photo : CITIZENSIDE/CLAUDE PETITJEAN)



Le député socialiste de l’Ardèche Pascal Terrasse livrait hier dans Le Figaro un entretien particulièrement éclairant sur la fuite en avant dans laquelle est engagée la majeure partie des dirigeants socialistes. Son propos ? Le titre de cette interview, qui a fait la une du quotidien de Serge Dassault, le résume :

« Le temps de l’union nationale est venu en France »

On dirait du Bayrou, mais ce n’en est pas. Pascal Terrasse est le secrétaire national à la protection sociale du PS. Et, dans cet entretien, il explique que « l’austérité s’impose désormais à nous par des formes plus ou moins autoritaires ». Le mot étant négativement connoté, il suggère de « passer de l’austérité à la sobriété ». Jean-Marc Ayrault, qui a toujours dit qu’il ne serait jamais le Premier ministre de l’austérité, pourrait ainsi sans se dédire conduire une politique d’austérité rebaptisée « sobriété ». La sobriété, ça sonne écolo, c’est donc tout indiqué pour rendre l’austérité acceptable. Ce qui est le but de Pascal Terrasse, lequel affirme que la sobriété « n’a de sens que si elle est volontaire ». Comme la servitude.


Sur le chômage, « il est temps d’envisager des solutions nouvelles, comme celles qui ont permis à l’Allemagne de se redresser », affirme Pascal Terrasse. Et le secrétaire national à la protection sociale du PS de vanter les « salaires plus modestes » de nos voisins d’Outre-Rhin. Avant d’invoquer un nouveau principe : la « discipline sociale » :

« Nous devons revoir notre système de redistribution depuis les prestations sociales jusqu’au contrat de travail encore trop rigide, et en particulier pour la jeunesse. »

Suppression des cotisations sociales durant deux ans pour les entreprises embauchant des jeunes, révision de notre système d’allocation chômage, travail obligatoire pour les bénéficiaires de minima sociaux « quelques heures par mois »... Les pistes suggérées par M. Terrasse semblent puisées dans la boîte à idées de l’UMP. Et ceux qui s’y opposeraient sont délégitimés comme étant « ceux qui, confortablement installés dans leurs emplois durables, refusent aux plus précaires une insertion sociale dans le monde de l’activité ».


Pascal Terrasse veut des « citoyens responsables » qui acceptent les efforts :« Aujourd’hui, nous sommes faibles car incapables de demander le moindre effort, laissant le soin aux générations futures de régler nos problèmes. » D’où la nécessité de« l’union nationale ».


Dérive d’un électron libre ? On aimerait le croire. En octobre 2011, Pascal Terrasse avait déjà fait parler de lui en envisageant de repousser l’âge légal de la retraite à 65 ans, lors d’un colloque d’un institut de recherche sur l’économie du vieillissement. Il était alors le conseiller retraites de François Hollande et ses propos cyniques, qui n’étaient pas destinés être « reproduits dans un journal », avaient fait polémique en pleine primaire socialiste. Martine Aubry les avaient dénoncés, François Hollande les avaient désavoués. Chacun sait maintenant, la réforme des retraites étant définitivement votée, ce que valait ce démenti puisque l’âge effectif de départ à la retraite vient d’être repoussé à 66 ans au moins pour tous ceux qui sont nés après 1973.

 

Pascal Terrasse n’a donc rien d’un hurluberlu et son entretien au Figaro est à prendre au sérieux.

 

À la fois comme un symptôme de la droitisation sans fin dans laquelle sont engagés les dirigeants du PS et comme l’annonce d’un scénario, l’union nationale, dont il se murmure qu’il pourrait être mis en œuvre au lendemain des européennes si le FN y réalise un score trop important. En juin prochain.

 

 

http://www.politis.fr/Pascal-Terrasse-symptome-de-la,24755.html

 


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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 16:11

http://img.over-blog-kiwi.com/0/66/75/51/201310/ob_f2470c004d18f2d150db9d3e502e2a99_carrefourcrossroad.jpg

Problème d’anglicisation à Carrefour

Lors d’une table ronde organisée entre la CGT-Carrefour et la direction de Carrefour, le syndicat a dénoncé l’anglicisation qui a cours actuellement dans l’entreprise. Anglicisation voulant dire utilisation de la langue anglaise à outrance, d’une façon exagérée, une utilisation qui ne devrait pas être, puisque Carrefour est une entreprise française, puisque la langue officielle de notre pays est le français, puisque la langue de travail en France, est le français, puisque notre langue est une grande langue internationale qui, grâce notamment à la Francophonie, est parlée dans le monde entier, puisque la langue du commerce, c’est la langue du client et qu’en France le client parle français.


La CGT a énuméré une longue liste prouvant que l’anglomanie est lourdement présente à Carrefour : enseignes aux noms en anglais (Carrefour Market, Carrefour City, Carrefour On Line, etc. ) ; produits-Carrefour aux noms en anglais (Home, Top Bike, Green Cut, First line, Blue Sky etc.) ; vocabulaire de travail aux noms en anglais (e-learning, cross marchandising, Street-palette, self-scanning, etc.) ; seule langue étrangère accessible dans le cadre du Droit Individuel à la Formation (DIF), l’anglais ; message d’alerte-incendie en bilingue français-anglais dans tous les magasins ; slogan publicitaire en anglais, le fameux "Monday, happy day", etc.


Devant cette politique manifeste de Carrefour à vouloir s’angliciser, et par de là, à vouloir angliciser ses employés et ses clients, et parce que la CGT considère que la politique du tout-anglais porte atteinte à la démocratie linguistique et porte atteinte, ce faisant, à notre liberté d’apprendre la, ou les langues étrangères de notre choix ; parce que cette politique est discriminatoire à l’égard des langues autres que l’anglais ; parce qu’elle représente une réelle pollution de notre langue, y créant confusion, imprécision, incompréhension, voire du stress ; pour toutes ces raisons, la CGT a demandé à la direction de Carrefour que sa politique anglicisante actuellement en cours dans l’entreprise, cesse.


Elle a demandé pour cela qu’une commission soit créée, une commission chargée de veiller à la qualité de l’emploi de la langue française dans l’entreprise et chargée de veiller au respect des langues, lorsque le volet « langues étrangères » est abordé. La direction a écouté les propositions de la CGT avec une bonne oreille, reste maintenant à voir si concrètement, elle les a bien entendues.


Boulogne-Billancourt, le jeudi 14 novembre 2013


Contacts :
Claudette Montoya, DSN, 06 18 91 90 87
Virginie Cava, DSN, 06 61 44 82 12
Régis Ravat, DS, 07 81 56 84 25

Pétition en ligne :

 

http://www.petitions24.net/non_a_langlicisation_de_carrefour_de_la

 

 

Source : 

http://idata.over-blog.com/3/06/23/69/logo-FSC.jpg


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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 15:33

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/7d/Bretagne_Finistere_PointeduRaz15119.jpg

 

 

Les Zindignés  /La vie est à nous - No 4 – Décembre 2013

 

Trompe l’œil  

 

 

Les Bretons vus du large

 

La révolte “moderne” des bonnets rouges n’est assurément pas le début d’une Révolution. Elle fait du reste plutôt pâle figure face A sa devancière de 1675. Cependant, elle est l’occasion , en maints lieux médiatiques ou par la parole de personnalités s’autorisant à penser, de réactiver les vieux poncifs à l’endroit – à moins que ce soit à l’envers - de   la Bretagne et des Bretons. Bien sûr tout n’est pas faux dans la glose déchaînée en la circonstance mais certaines élucubrations qui nous sont infligées valent leur pesant de bécassinades. Sans oublier le mensonge par omission plus ou moins volontaire. Restés au large, à Paris, là où se tient l’importance du monde, des observateurs empressés n’ont pas même pris la peine de se munir d’une longue vue. La conséquence se paie au prix fort : des analyses à courte vue. Rapprochons-nous donc des faits.

 

Commençons par une affirmation qui ne devrait souffrir aucune contestation honnêtement argumentée de la part de ceux qui prennent au sérieux les crises «écologique, sociale et économique  nous frappant simultanément aujourd’hui: le modèle agro-industriel breton n’est plus défendable depuis longtemps déjà. Les conditions de productions sur lesquelles il repose, à savoir l’exploitation exacerbée d’une main d’œuvre majoritairement féminine et l’amoindrissement de la qualité des produits par la standardisation afin de tenir les coûts, correspondent au schéma général du capitalisme traditionnel. A ce jeu-là l’agro-alimentaire breton est forcément confronté, dans le cadre de la mondialisation débridée, à la concurrence de ses cousins des pays dits émergents ou à ceux de la « seconde Europe ». La crise de ce secteur qui n’a pas voulu résister à cette menace en élevant le niveau de la qualité de ses productions était donc prévisible. L’idée même de coopératives, fort louable à son origines, a été superbement piétinée : elles ont depuis beau temps adoptées tous les canons du capitalisme concurrentiel et enfanté une agriculture aux méfaits écologiques patents. S’attaquer à l’éco taxe au nom de la défense des emplois de ce « modèle » est donc incongru. Le nouvel impôt est suspendue avant même d’avoir été appliquée ; la crise du modèle breton va s’intensifier puisque ses racines sont ailleurs.

 

Assénons une autre vérité : les Bretons sont les premiers à pâtir du désastreux modèle. Alors, pourquoi des milliers d’entre eux, dont nombre de salariés de l’agro-alimentaire, ont-il défilé avec les patrons du secteur le 2 novembre à Quimper ? C’est là qu’entre en scène sous la plume acerbe du commentateur le grandiose et vieux poncif : le Breton manque de finesse, est servilement soumis à celui qui le nourrit, son ancêtre Bécassine nous l’a définitivement prouvé. Les Bretons seraient donc inaptes à la lutte des classes. C’est regrettable, à l’heure où il devient urgent de la réactiver pour faire sauter les verrous des sociétés oligarchiques. Ici, l’on se garde bien de nous expliquer comment les salariés de Bretagne pourraient être moins apathiques que leurs homologues européens. Oui, partout les salariés, guettés par le chômage ou la précarité , sont tenus en respect, au point parfois d’en perdre leur boussole ou de ne plus garder leur rang. Dans l’affaire qui nous occupe, nombre de témoignages attestent que les salariés de diverses entreprises agro-alimentaires ont été manipulés par leurs patrons. Là , le donneur de leçons d’engagement reprend la parole : se laisse manipuler qui veut ! On lui pardonne. Il est ignorant de l’Histoire...

 

L’industrie, pour l’essentiel, s’est développée dans une Bretagne à dominante agraire. Rappelons qu’au moment de l’invention des départements en 1792, des cinq départements bretons le plus peuplé est celui des Côtes-du-Nord, aujourd’hui Côtes d’Armor, et le moins peuplé celui de Loire Inférieure, rebaptisé Loire-Atlantique. La forte industrialisation de ce dernier dès la fin du 19ème siècle en a fait de loin le plus peuplé à partir des années 1960 en même temps que les Côtes d’Armor devenait le moins peuplé. La Loire Inférieure fut le berceau de l’anarcho-syndicalisme et a longtemps entretenue une forte tradition d’engagement syndical quand ailleurs en Bretagne le recrutement de la main d’œuvre industrielle dans les campagnes était peu propice à l’affrontement avec un patronat au demeurant plus modeste que sur les bords de la Loire. Ces clivages d’hier laissent incontestablement des traces aujourd’hui, surtout dans l’agro-alimentaire. Ajoutons que la décision de séparer la Loire Inférieure du reste de la Bretagne prise sous le régime de Vichy ne doit rien à la géographie : il s’agissait bel et bien d’affaiblir une « province » à forte identité culturelle en la privant de sa partie méridionale potentiellement la plus combative.

 

Il faudrait enfin se rendre compte que les Bretons ont commencé à tourner le dos au modèle écologiquement et socialement honni. La Bretagne voit aujourd’hui fleurir ici ou là des alternatives à l’agriculture productiviste et chimique. Le vrai basculement vers un « modèle soutenable » serait grandement facilité, en Bretagne comme ailleurs dans l’hexagone, par le desserrement de l’étau du centralisme bureaucratique français qui brident tellement les énergies créatrices par manque de moyens matériels et par surcroît de réglementations inadaptées aux circonstances régionales. Pourquoi ne pas soutenir cette Bretagne nouvelle contre celle du passé désormais fragilement tenue par le MEDEF et la FNSEA ? La Bretagne, trop souvent présentée comme une assistée, ne l’est-elle pas précisément à cause de son emprisonnement dans un jacobinisme dépassé ? Les Bretons reprendront un jour le large, faisons-en le pari.

 

Yann Fiévet

 

Yanninfo, la liste de l'information qui informe
yanninfo@yanninfo.fr

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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 22:39

29 novembre 2013 par le petit Blanquiste 

 

http://lepetitblanquiste.hautetfort.com/media/01/01/784275087.JPGTrois historiens bretons – Alain Croix, André Lespagnol et Fañch Roudaut - ont publié une tribune dans Ouest-France du 26 novembre, intitulée « Non à la manipulation de de l'histoire  ».


Convaincus que l'on ne peut dire et écrire n'importe quoi en matière d'histoire, les trois auteurs rappellent que la révolte des «  Bonnets rouges  » de 1675 a visé principalement tous ceux qui, de près ou de loin, pouvaient être perçus comme des « exploiteurs ».

Alors que leur région traverse de sérieuses difficultés économiques, dans leurs cahiers de doléances préfigurant ceux que l'on connaîtra en 1789, les paysans bretons s’élèvent contre les taxes royales et seigneuriales mais aussi contre les corvées et les prélèvements sur les récoltes imposés par les seigneurs et le clergé.

Cette révolte a été avant tout sociale. Elle a opposé «  des paysans bretons à leurs exploiteurs bretons  » comme l'atteste le fait que le révolté le plus connu sera assassiné par un seigneur, le marquis de Montgaillard. Quant au roi, il est le plus souvent épargné par les révoltés car il est supposé ignorer les abus que connaît la région.

Ce que les historiens bretons reprochent à certains animateurs du collectif «  Bonnets rouges  », c'est de se livrer à une véritable manipulation de l'histoire en assimilant leur mouvement à celui des révoltés de 1675.

Cette manière de gommer la dimension sociale de la révolte de 1675 et de la présenter comme un mouvement contre «  Paris  », responsable de tous les maux, est destinée à détourner la légitime colère des victimes de la crise actuelle de l'agroalimentaire 

Cette manipulation a l'avantage d’exonérer les patrons, notamment ceux de la filière avicole, de leur responsabilité, eux qui ne se sont pas préparés à la fin annoncée des subventions européennes à l'exportation, et n'ont pas fait évoluer en conséquence leurs manières de produire et leurs types de production. [1]

Pour conclure, nos trois historiens alertent sur le fait que ce type de populisme est aisément récupérable par l'extrême-droite qui, déjà, s'emploie à cette tâche.

 

http://lepetitblanquiste.hautetfort.com/media/02/01/908093684.JPG

Le régionalisme comme substitut à la lutte des classes...

 3331561448.png

 

[1] Extrait d'un article publié par le journal Les Echos, le 22 novembre 2013 : « Le Commissaire européen à l’agriculture Dacian Ciolos, qui a reçu le ministre et les représentants de la filière, ainsi que des deux groupes volaillers bretons Doux et Tilly-Sabco, a rappelé aux Français que la décision de supprimer les aides à l’exportation pour la volaille datait de 2005 et avait été confirmée en 2008. Ce qui aurait dû laisser largement le temps aux deux entreprises, lesquelles monopolisent plus de 90% des aides au secteur en Europe, de se moderniser afin de pouvoir affronter seule le grand bain de la concurrence. Entre 2003 et 2013, Bruxelles a versé quelque 770 millions d’euros de subventions à la filière ! De quoi évidemment s’interroger sur l’utilisation des aides versées, quand les deux patrons viennent pleurer qu’ils ont besoin d’aides pour remettre aux normes leurs installations.»

 

http://lepetitblanquiste.hautetfort.com/archive/2013/11/28/bonnets-rouges-manipulation-et-recuperation-5233094.html

 

 


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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 12:25

 

http://p7.storage.canalblog.com/77/85/113362/75389784.jpg

 |  PAR LES INVITÉS DE MEDIAPART


http://blogs.mediapart.fr/edition/les-batailles-de-legalite/article/221113/les-archives-dun-massacre-au-service-dune-histoire-officielle-mensongere

 

 

Le 1er décembre 1944, au moins 70 « tirailleurs sénégalais » sont abattus à Thiaroye, au Sénégal, par l'armée française. Ils réclamaient le paiement de leur solde. A la veille des commémorations, l'historienne Armelle Mabon demande la réhabilitation de ces anciens prisonniers de guerre, détenus en France par les Allemands de 1940 à 1944.

 



Le 12 octobre 2012, lors de sa visite officielle à Dakar, le président de la République François Hollande déclara : « La part d'ombre de notre histoire, c'est aussi la répression sanglante qui en 1944 au camp de Thiaroye provoqua la mort de 35 soldats africains qui s'étaient pourtant battus pour la France. J'ai donc décidé de donner au Sénégal toutes les archives dont la France dispose sur ce drame afin qu'elles puissent être exposées au musée du mémorial. » Cette promesse spectaculaire a peu de chance d’être tenue dans son intégralité.

 

Selon le Code du patrimoine, ces archives sont inaliénables et imprescriptibles, c’est-à-dire qu’elles ne pourront jamais être cédées et donc sortir du domaine public. L'équité voudrait qu'une numérisation des archives sur le massacre de Thiaroye s'opère tant en France qu'au Sénégal, afin de faciliter le travail des historiens et la quête de vérité de tout citoyen.


Alors qu'une association est en cours de constitution, rassemblant notamment les familles des « mutins » de Thiaroye, et que les premières commémorations sont célébrées en France, comme à Bordeaux le 30 novembre 2013, je voudrais ici brièvement montrer pourquoi il est indispensable que la France réhabilite ces ex-prisonniers de guerre tués, blessés, jugés, exclus de l'Armée et humiliés comme le fut de son vivant le capitaine Dreyfus le 12 juillet 1906 après la reconnaissance des sombres machinations de l'Armée. Il sera alors possible d'envisager sereinement une exposition de ces archives conservées par la France.


Riposte lourdement armée contre des soldats sans armes


Faits prisonniers par les Allemands en juin 1940, revenus à Dakar le 21 novembre 1944 pour être démobilisés après quatre longues années de captivité en France, 500 tirailleurs « sénégalais » refusent de quitter la caserne de Thiaroye le 28 novembre 1944 tant qu'ils n'ont pas perçu les rappels de solde réglementaires.


Considérant le détachement en état de rébellion, l'Armée ouvre le feu le 1er décembre 1944 à 9h30, faisant au moins 70 morts.


Une première lecture des rapports des officiers qui dictent l'histoire officielle de Thiaroye tend à montrer que les « mutins », présentés comme des combattants travaillés par la propagande allemande, sont armés et que la riposte était nécessaire parce qu'ils  auraient tiré les premiers avec des mitraillettes.


Qu'en est-il réellement dès lors que ces différents rapports sont comparés et analysés ? Force est de constater que les incohérences sont si nombreuses qu'au-delà du doute, c'est bien leur véracité qui interpelle.


C'est le général Dagnan, commandant la division Sénégal-Mauritanie, qui a ordonné l'opération de maintien de l'ordre à l’aide de trois compagnies indigènes, un char américain, deux half-tracks, trois automitrailleuses, deux bataillons d’infanterie, un peloton de sous-officiers et hommes de troupes français, après que le général de Boisboissel, commandant supérieur des troupes de l'Afrique occidentale française (AOF), revenu de tournée, eut donné son accord.


Le général Dagnan oublie de citer, dans son rapport daté du 5 décembre 1944, la revendication principale du paiement des rappels de solde des 1 300 ex-prisonniers de guerre coloniaux stationnés à Thiaroye, alors que les circulaires officielles prouvant le bien-fondé de leurs protestations ont disparu des archives, effaçant toute trace de spoliation. Nous renverrons à ce sujet vers le texte Thiaroye, un passé à reconstituer (1er décembre 2012).


Le lieutenant-colonel Le Berre, dans son rapport du 1er décembre, fait état d'un renseignement reçu la veille au soir comme quoi « beaucoup de mutins sont armés de pistolets, revolvers, grenades et pistolets-mitrailleurs » corroboré partiellement par la liste donnée par le général Dagnan des armes retrouvées après la mutinerie (une centaine de baïonnettes, une poignée de mitraillettes, chargeur, pistolets automatiques, etc.). On est très éloigné du constat établi par le colonel Le Masle, chef d'État-Major,  dans son rapport du 5 décembre 1944, signalant que les tirailleurs étaient « porteurs d'armes (poignards en particulier) ». Finalement, il s'agissait d'une « petite quincaillerie » sans danger.


Seul le général Dagnan parle d'un membre des forces de l'ordre blessé par balle.


Quelques officiers avec le général Dagnan indiquent que les « mutins » ont fait usage d'armes à feu avant la riposte mais là les scenarii divergent. Si effectivement il y a eu une rafale avant la tuerie, elle provenait selon toute vraisemblance non pas des ex-prisonniers de guerre mais du service d'ordre puisque qualifiée de « salutaire » par le commandant du bataillon de Rufisque, Boudon (rapport du 1er décembre 1944). Le colonel Carbillet, directeur de l'opération, dans sa synthèse en date du 4 décembre 1944, modifie l'heure de cette rafale pour prouver l'armement des « mutins » mais omet de rectifier les propos du chef de bataillon Le Treut certifiant que les mutins ont ouvert le feu à 9h30 qui est en fait l'heure de la riposte (rapport du 2 décembre 1944). Il est également indiqué que les ex-prisonniers de guerre ont utilisé des armes à feu après la riposte alors que c'était une fois encore le service d'ordre chargé de les « réduire » en tirant en l'air (rapport Boudon). Les rapports écrits à charge manquent décidément de crédibilité. Les « mutins » étaient donc des soldats désarmés, victimes d'une répression afin d'empêcher toute réclamation même justifiée.


Qui a tiré ?


Certains rapports donnent l'impression que ce sont les tirailleurs du service d'ordre qui ont tiré, or ils sont arrivés au camp de Thiaroye dépourvus de munitions. Là aussi, compte tenu des divergences (distribution avant ou après l'autorisation de tirer, horaire de la distribution variant de 9h15 à 9h30), il y a tout lieu de croire que les tirailleurs du service d'ordre n'ont pas pu être les auteurs des tirs contre leurs frères d'armes, comme l'ont indiqué les témoins oculaires Roger Bokandé, tireur d'élite, et Zonguo Reguema, ancien prisonnier de guerre. D'après des experts en armement, les munitions étant dans des trousses, une distribution effective dans un tel contexte d'excitation ne semble pas possible en 10 minutes.


Une instruction à charge


Dès le 2 décembre 1944, le général Dagnan nomme un sous-lieutenant pour procéder à l'instruction contre 48 « mutins » avant de déposer plainte le 11 janvier 1945 aux fins de poursuivre devant les juridictions militaires 34 ex-prisonniers de guerre rendus coupables de refus d'obéissance, rébellion, outrage à supérieur et complicité de refus d'obéissance. Défendus par Lamine Guèye, ils sont  condamnés le 5 mars 1945 à des peines allant de dix ans de prison avec dégradation militaire pour ceux d’entre eux considérés comme les « instigateurs » de la rébellion armée, à un an de prison pour les autres, punis pour simple désobéissance. Au moins un tirailleur meurt durant sa détention. En juin 1947, ils bénéficièrent d'une grâce amnistiante qui a eu surtout pour effet de créer une amnésie.


Les enquêtes « objectives » de la direction des Troupes coloniales


À défaut d'une enquête parlementaire refusée par les autorités, deux inspecteurs de la direction des Troupes coloniales ont rédigé un rapport circonstancié. Alors que le ministre des Colonies, Paul Giacobbi, affirme le 22 décembre 1944 que « les incidents sont imputables à la question de la solde » mais sans condamner les agissements de l'Armée, l'inspecteur Mérat n'hésite pas à écrire le 15 mars 1945 : « En matière de solde, tous les ex-prisonniers avaient touché en France plus que leur dû ». Quant au général de Périer, dans son rapport du 6 février 1945,  il encense le général Dagnan, réduit le nombre de morts de moitié, confirme que la réglementation des soldes a été appliquée et dénigre les ex-prisonniers (1).

L'histoire de Thiaroye est ainsi définitivement écrite avec l'appui des plus hautes autorités civiles et militaires.

 

Conséquences sur la carrière des officiers


Le lieutenant-colonel Siméoni, commandant le dépôt des isolés coloniaux de Dakar où transitait l'argent à distribuer aux ex-prisonniers de guerre, est particulièrement mal noté par le général Dagnan en avril 1945, rapatrié sanitaire à ce même moment et, sur sa demande, dégagé de l'Armée d'active en 1946, avant de mourir en 1949 en emportant dans sa tombe de bien lourds secrets. Le colonel Carbillet, rapatrié en métropole en juin 1946, a préféré faire valoir un départ à la retraite en 1948 à la place d'un dégagement d'office des cadres de l'Armée. Quant au colonel Le Masle, pressenti pour être promu général de brigade, il attendra jusqu'à son départ en retraite en 1955. Il a souhaité quitter l'AOF par anticipation. La carrière du lieutenant-colonel Le Berre, sanctionné par le général Dagnan, s'arrêtera au rang de colonel. Il quitte l'AOF en 1947. Le chef de bataillon Le Treut, rapatrié sanitaire en juin 1945, sera nommé lieutenant-colonel en mars 1946 avant d'être dégagé de l'Armée d'active à sa demande. 


Le général Dagnan a, lui, été promu commandeur de la Légion d'Honneur en 1946 et nommé commissaire du gouvernement.


Ne serait-ce pas une manifestation de la prise de conscience des officiers qui ont agi sur ordre y compris pour l'écriture de leur rapport alors que l'État officialisait la couverture du massacre et de celui qui l'a ordonné ?


Aucun d’entre eux n'a fait de révélations, laissant ainsi les mensonges et les omissions servir l'histoire de Thiaroye aux dépens des tirailleurs qui, certes, ont insulté et bousculé les officiers mais après qu'ils aient subi un outrage par le déni de leur temps de captivité et de leur engagement y compris dans les maquis. Si leurs droits d'ex-prisonniers de guerre avaient été respectés, si la réglementation des rappels de solde avait été appliquée, il n'y aurait pas eu de désobéissance, ni de révolte.


Les archives, pour peu que l'on s'y attarde, finissent par révéler une autre interprétation des faits.  Il faut poursuivre l'analyse de cette sortie de guerre problématique encore méconnue par le biais d'études comparatives et transversales. C'est la raison pour laquelle Sabrina Parent, chercheuse à l'Université libre de Bruxelles, Martin Mourre, qui achève une thèse sur Thiaroye à l'EHESS, et moi-même avons décidé de réunir un colloque international qui se tiendra fin novembre 2014 à l'Université de Bretagne-Sud (Lorient) sur le thème « Massacres et répressions dans le monde colonial : archives et fictions au service de l’historiographie ou du discours officiel ? ». D'ici là, nous formons l'espoir que la France aura reconnu le massacre et réhabilité les hommes de Thiaroye, encore considérés  aujourd'hui à tort comme coupables.

 

Armelle Mabon, maître de conférences à l'Université de Bretagne-Sud. Dernière publication : « Le massacre des ex-prisonniers de guerre coloniaux le 1er décembre 1944 à Thiaroye (Sénégal) », inNouvelle histoire des colonisations européennes (XIXe–XXsiècle), dirigé par Amaury Lorin et Christelle Taraud, Paris, PUF, 2013.


(1) En 1943, le gouvernement de Vichy a accepté, à la demande de l'occupant, de faire garder des prisonniers de guerre coloniaux et nord-africains par des officiers français à la place des sentinelles allemandes. Illustration d'une collaboration d'Etat, véritable trahison pour les prisonniers de guerre « indigènes »  que ne semble pas désapprouver le général de Périer. Dans son rapport, il écrit : « Dans les unités de travailleurs que constituaient les Sénégalais prisonniers, l'encadrement français avait de grandes difficultés à maintenir son autorité. Les Allemands commandaient souvent directement les tirailleurs par dessus leurs gradés, accordaient des permissions ou des faveurs que ceux-ci leur avaient refusées, etc... »


 

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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 21:25

samedi 31 mai 2008
Auteur : par Texte du M’PEP

 

LES VISEES NEOLIBERALES SUR L’EDUCATION


 

http://www.m-pep.org/IMG/rubon143.png?1311413577Le système public éducatif, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, peine de plus en plus à remplir sa mission. On constate partout une dégradation des moyens qui lui sont accordés : réduction des effectifs enseignants titulaires par le non-remplacement des départs en retraite ; substitution d’emplois stables par des enseignants précaires ou non titulaires ; augmentation du nombre d’élèves par classe ; réapparition de l’apprentissage à 14 ans ; travail de nuit à 16 ans ; blocage des salaires du personnel ; développement des écoles privées ; droit d’entrée à l’école primaire dans certains pays ; privatisation d’éléments du système éducatif…


Comme ailleurs, en France l’efficacité du système éducatif public suscite les controverses : le niveau des élèves monte-t-il ou baisse-t-il ? Certains constats factuels peuvent être fait : baisse du niveau de français à l’entrée en 6e ; stagnation du nombre de bacheliers depuis le milieu des années 90 ; persistance d’un haut pourcentage d’échec scolaire ; fin de la progression régulière du niveau moyen des connaissances ; aggravation des difficultés pour les plus faibles ; augmentation des tensions, voire de la violence, entre les élèves et contre l’institution ou ses représentants ; sélection massive lors du premier cycle universitaire...


Concernant les élèves de 15 ans, la France a reculé de plusieurs rangs selon une enquête menée dans 57 pays (Programme international pour le suivi des acquis des élèves). La France se situe un peu en-dessous de la moyenne des 30 pays de l’OCDE. Pour les « compétences » des élèves de 10 ans (Progress in International Reading Literacy Study), la France est au 27e rang sur 40 pays.


Les fantaisies pédagogiques expérimentées ces trente dernières années n’y sont certainement pas pour rien, notamment celles qui ont visé à banaliser les établissements scolaires du primaire et les collèges en abandonnant leur fonction de transmission de savoirs et de formation du citoyen pour les transformer en « lieu de vie » ou de simple équipement de quartier.


Toutefois, on ne peut faire porter au système éducatif la responsabilité principale de ces difficultés. Ces dernières, pour l’essentiel, trouvent leur origine hors de l’école, dans le chômage et la précarité des parents et des jeunes. De multiples rideaux de fumée sont répandus pour occulter cette réalité et accréditer l’idée que les problèmes de l’école ne tiendraient plus à la « fracture sociale ». De faux débats sont alors mis en scène, du type : « l’école est-elle faite pour transmettre des connaissances ? » ; ou « est-ce l’enfant ou le maître qui doit être au centre de l’école ? ».


Tous les maux viendraient désormais de la « pensée 68 » : il faudrait donc restaurer l’autorité et les valeurs de l’effort, du travail, du mérite. Bien sûr, il est nécessaire que les élèves fassent des efforts et qu’ils travaillent, leur mérite devant être récompensé par la réussite scolaire, le diplôme et l’emploi qui en découle. Mais la situation devient explosive lorsqu’après avoir fourni tous ces efforts et travaillé d’arrache-pied, les jeunes à la sortie de l’institution éducative trouvent le chômage, la précarité, et pour les plus chanceux des emplois sous-estimant leurs diplômes. Les rappels à l’ « ordre », dans ce contexte, sont donc vains et témoignent d’un profond mépris de la population concernée.


Ce sont les visées néolibérales sur l’éducation qui démolissent le système éducatif. Elles peuvent être décrites en quatre objectifs : faire de l’éducation un marché rentable ; former une main d’œuvre « employable » ; fabriquer l’ « homme néolibéral » ; écraser la capacité de résistance des enseignants et personnels de l’Education nationale. Cette stratégie néolibérale doit trouver en face d’elle une opposition résolue sur chacun de ces points.


 I.- FAIRE DE L’EDUCATION UN MARCHE RENTABLE


Partout dans le monde, le service public de l’éducation est menacé par les politiques néolibérales. Il fait l’objet de tentatives de « réformes » identiques, dont le point commun est de vouloir transformer l’éducation en un marché rentable. Un ministre socialiste d’un gouvernement de gauche en France, Claude Allègre, a bien résumé sa pensée : « l’Ecole représente le plus grand marché du 21ème siècle ». En effet, il faut savoir que les pays de l’OCDE (les 30 pays parmi les plus riches de la planète) consacrent annuellement 1 000 milliards de dollars au financement de l’enseignement. Par comparaison, et pour ces mêmes pays, le chiffre d’affaires annuel de l’industrie automobiles est de 1 286 milliards de dollars… Le néolibéralisme – il n’existe aucune raison de s’en étonner - veut ainsi transposer au système public éducatif la logique capitaliste selon laquelle tout doit être ou devenir marchandise et donc se monnayer, s’échanger, se vendre selon les « lois » du marché.


« Le marché de l’enseignement » est d’ailleurs l’intitulé d’un rapport de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), publié dans le cadre des négociations sur la mise en œuvre de l’Accord général sur le commerce des services (AGCS). Cet accord considère que l’éducation ne doit plus être un droit assuré par un service public, mais un marché devant être ouvert à la concurrence. La commissaire européenne à l’éducation et à la culture confirme : « il faut rendre nos universités compétitives sur le marché mondial de l’enseignement supérieur. » Elle faisait écho à une déclaration du représentant de l’Union européenne auprès de l’OMC prétendant, en juin 2000, que « l’éducation et la santé sont mûres pour la libéralisation. »


La perspective n’est donc plus l’éducation pour tous, mais l’éducation pour ceux qui peuvent payer. Pour y parvenir, le but est d’ « élever progressivement le niveau de libéralisation du commerce des services », par « des séries de négociations successives qui auront lieu périodiquement ». L’OMC a d’ailleurs segmenté le « marché de l’éducation » en 5 secteurs :


  • secteur primaire (enseignement maternel et enseignement primaire) ;
  • secteur secondaire (enseignement secondaire du premier et du second cycle, enseignement technique, enseignement professionnel et enseignement à destination des handicapés) ;
  • secteur supérieur (enseignement technique et professionnel du troisième degré, enseignement universitaire) ;
  • secteur d’éducation des adultes (cours du jour ou du soir destinés aux adultes, éducation tout au long de la vie, « open university », cours d’alphabétisation, cours par correspondance, cours donnés par la radio ou la télévision) ;
  • secteur des autres services d’enseignement (toutes les autres activités d’enseignement qui ne peuvent pas être reprises dans les quatre premiers secteurs, y compris les cours particuliers à domicile).

 

La création du marché de l’enseignement prend plusieurs formes : la privatisation totale, par l’encouragement au développement de l’enseignement privé ; la privatisation partielle de sous-ensembles du système éducatif ; la décentralisation ; les nouvelles technologies de l’enseignement.


La privatisation totale du système éducatif est un objectif central des politiques néolibérales. Il se réalise de manière très inégale selon les pays et à l’intérieur de chaque pays selon les secteurs et consiste en avantages accordés à l’enseignement privé. Tout repose sur le fait que les parents, lorsqu’ils en ont les moyens, sont prêts à dépenser beaucoup d’argent en payant à leurs enfants des études dans les « bons » établissements, les « bonnes » filières et les « bonnes » classes. Ils considèrent que c’est un moyen de donner à leurs enfants toutes les chances d’obtenir un emploi stable et rémunérateur. Les familles disposant d’une certaine sécurité d’emploi et de revenus, sans être véritablement « à l’aise », fuient les quartiers et villes « sensibles » qui ont le recrutement scolaire le plus populaire. C’est chez ces parents – et pas seulement parmi les classes moyennes supérieures - que se trouvent les centaines de milliards d’euros qui peuvent alimenter le marché privé de l’enseignement.


La tactique utilisée pour faire émerger le marché de l’éducation est simple : c’est celle qui a déjà été appliquée avec succès aux autres services publics pour les démanteler. On coupe les crédits, on organise la pénurie et le désordre, on laisse la violence s’installer dans les établissements. On suscite ainsi la protestation des usagers qui se tournent alors vers des solutions individuelles dans le secteur privé. L’OCDE explique d’ailleurs tout cela très bien, avec le plus parfait cynisme : « Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement à l’école ou à la suppression de telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population » (source : Centre de développement de l’OCDE, Cahiers de politique économique, 2000, n° 13)…


D’une manière générale, les budgets consacrés à l’éducation restent stables dans les pays développés (à 5,1 % du PIB entre 1980 et 1997). En revanche, sur la même période, ils sont passés de 2,8 % à 2 % dans les pays les moins développés. Cette stabilité traduit cependant un affaiblissement des budgets pour les classes populaires et l’enseignement public. La priorité établie par l’Union européenne en matière d’ « économie de la connaissance » draine des budgets qui font défaut aux milieux modestes entrés dans le système éducatif par le processus de massification de l’enseignement. Pour maintenir le niveau de ces derniers, des moyens accrus sont nécessaires. De surcroit, à l’intérieur de ces budgets, ceux affectés à l’enseignement privé augmentent régulièrement.


Même si les sources statistiques sont incomplètes et souvent incohérentes, on estime à environ 20 % la part des dépenses privées dans le total mondial des dépenses éducatives. Mais la situation est très inégale selon les pays, et à l’intérieur même des pays selon les types et niveaux d’enseignement. Cela va de 40 % en Corée du Sud, à 2 % en Suède. En France, elles sont passé de 9 % en 1990 à 8 % en 1997. Dans notre pays, le secteur privé reste relativement stable dans le temps en termes de proportion d’élèves (en 2002, 17 % des élèves de la maternelle à la terminale), ces derniers étant issus des milieux les plus favorisés. En 1991, 78 % du financement d’un établissement privé sous contrat relevait de crédits publics, auxquels s’ajoutent, pour les établissements du second degré, la taxe professionnelle versée par les entreprises (0,5 Mds). La loi Bayrou a accéléré cette tendance.


Toutefois, le processus de marchandisation est bien plus varié que celui de la seule privatisation au sens capitalistique, cette dernière s’accompagne en effet de la privatisation partielle. C’est pourquoi il ne faut pas se laisser abuser par le seul aspect lié au régime juridique de la propriété. Même privatisée par morceaux, l’école reste du domaine public ; ce qui n’empêche nullement les orientations libérales de devenir dominantes sur le fonctionnement interne des établissements et du système dans son ensemble.


On peut essayer de se représenter ce que seraient, demain avec la privatisation de tout ce qui peut l’être, des établissements d’enseignement. C’est l’ensemble, la totalité, la finalité sociale, le but éthique auquel répond l’établissement qui ne représentera plus aucun intérêt. Ce qui intéressera les nouveaux propriétaires des sous-ensembles du système éducatif, ce sont juste les différentes fonctions techniques qu’on peut y découper pour en tirer un profit :


  • l’accueil
  • la sécurité (les « pions »)
  • la restauration
  • l’entretien des bâtiments et les petits travaux
  • le nettoyage
  • la gestion administrative et financière
  • l’animation ou l’enseignement
  • le soutien psychologique, social, médical...

 

Si on livre l’établissement d’enseignement à la privatisation par morceaux, sur la base d’appels d’offres, on aboutira à toute une série d’interventions en sous-traitance. Elles seront effectuées par des techniciens limités à leur tâche spécifique, réalisées dans l’urgence et dans le cadre d’emplois le plus souvent précaires. Elles seront basées sur des choix purement technicistes et économistes, là où nous avions une équipe, un collectif qui essayait de s’articuler de manière cohérente autour d’un objet commun, de penser la structure de travail globalement, dans une perspective humaine : servir des élèves…


Avec la privatisation partielle, pour conserver une cantine scolaire municipale, il faudra déjà pouvoir prouver, lors de l’appel d’offre, la rentabilité de la prestation. Finies les aides de la municipalité aux enfants des familles pauvres et les tarifs dégressifs en fonction des revenus des parents ! Et si la municipalité veut introduire dans son cahier des charges la traçabilité des aliments, connaître l’origine des viandes, ou interdire l’emploi d’aliments Organismes génétiquement modifiés (OGM), elle sera passible de poursuites judiciaires pour la raison que ces clauses, dans son appel d’offre, constituent autant d’ « obstacles non nécessaires au commerce », pour reprendre l’expression consacrée.


Une telle évolution signerait la fin de toute intervention politique et collective dans les domaines économiques et sociaux. Cela signifierait donc aussi la fin de la démocratie, car l’exercice par les élus de leur pouvoir deviendrait extrêmement limité par la privatisation généralisée ou partielle des services publics. Les élus ne serviraient plus à rien, ils seraient remplacés par le marché. Les villes deviendraient des marchandises, les unes en concurrence avec les autres, afin d’être « attractives ». Les élus ne seraient plus que des « agents commerciaux », une simple « force de vente », des voyageurs de commerce tentant de délocaliser les entreprises de la ville voisine pour les relocaliser chez eux.


Le troisième instrument de la marchandisation, après la privatisation totale et partielle, est la décentralisation du système éducatif.


Elle est un élément clé de ce processus de marchandisation, car elle permet le rapprochement « en douce » avec la sphère économique. Elle se traduit par des « partenariats », favorisant le développement d’identités propres aux établissements, créant les conditions de la concurrence entre eux. La gestion est alors copiée sur celle des entreprises privées, les ressources tendent également à se privatiser.


Dans ce cadre, le renforcement du pouvoir des chefs d’établissement vise à reporter sur le local des choix et décisions qui devraient relever de l’échelon national. Le désengagement de l’Etat est alors favorisé, l’autonomie des établissements ne servant qu’à la mise en concurrence entre établissements publics mais aussi avec le privé. C’est bien la mise en concurrence qui pousse à gérer l’entreprise publique comme une entreprise privée.


Les premiers bilans de ce mode de gestion et de l’autonomisation des établissements sont pourtant notoirement négatifs du point de vue de l’égalité scolaire. De fait, l’école accentue d’autant plus la ségrégation sociale que l’autonomie des établissements les expose de plus en plus aux pressions du local... L’autonomie du local, dans ce contexte, en l’absence de régulation politique, aggrave les inégalités. Une chose est sûre, la concurrence ne remplit pas la fonction de stimulation positive entre établissements qu’elle était censée remplir...


Le dernier facteur de marchandisation est l’explosion du marché des nouvelles technologies d’enseignement : le marché de l’enseignement supérieur « en ligne » (e-learning) ; le marché des logiciels éducatifs (2 305 en 1996 et 6 220 en 2000). C’est aussi la pénétration des marques à l’école, les publicités directes sur les murs des établissements, le financement de « projets » éducatifs sous logo explicite de la marque, des matériels éducatifs donnés gratuitement. Ces stratégies néolibérales ne suscitent que rarement la réprobation des enseignants, et très exceptionnellement celle des parents d’élèves…


 II.- FORMER UNE MAIN D’ŒUVRE « EMPLOYABLE »


La création d’un marché de l’éducation aussi vaste que possible impose de soumettre les contenus de formation du système public aux impératifs des entreprises privées, et notamment par la mise en œuvre du concept patronal d’ « employabilité ».


Le système public éducatif doit donc devenir dépendant non plus des orientations éducatives définies par le « centre » (le ministère de l’Education nationale), mais des demandes des usagers-clients. Ces derniers se distinguent en deux catégories : les clients directs (ceux qui achètent des services d’éducation) ; et les clients indirects (les entreprises qui bénéficient d’une main d’œuvre formée à leurs besoins).


L’adaptation aux besoins immédiats du marché ne va concerner que les lycées techniques et l’enseignement supérieur. Le principe de l’adaptation des formations et des diplômes aux besoins de l’économie n’est pas contestable sur le plan des principes. De tout temps, pour ne prendre que cet exemple, les anciens « collèges d’enseignement technique » (CET), qui préparaient au certificat d’aptitude professionnelle (CAP), définissaient les formations en liaison entre les syndicats, les employeurs et les enseignants à l’échelon du bassin d’emploi. Les formations, en effet, ne peuvent méconnaitre la réalité des débouchés offerts aux élèves.


Mais avec la marchandisation du système public éducatif, c’est la formation des citoyens qui est abandonnée au profit d’adaptations qualifiantes de très court terme. On peut ainsi avoir l’illusion de répondre aux besoins des entreprises, mais on ne prépare pas l’avenir de la nation en se limitant à des ajustements de court terme.


Le système éducatif va donc être poussé à se concentrer sur sa principale fonction qui est de fournir aux entreprises les « ressources humaines » dont elles ont besoin, particulièrement dans une « économie de la connaissance » dont les performances dépendent du niveau de formation de la population. Comme l’indique la Commission européenne en 1995, « l’éducation est un service rendu à l’économie » ! Elle doit être « ouverte » sur la « vraie vie » - celle de l’entreprise - et organiser des partenariats et des « processus de coéducation » avec cette dernière. Le meilleur résumé de ces politiques est probablement la « réforme » imposée par Silvio Berlusconi en Italie : les « trois I » (Inglese, Internet, Impresa), pour anglais, Internet, entreprise, qui va de l’école élémentaire à l’université.


En janvier 1989, la Table ronde européenne des industriels (ERT), puissant groupe de pression patronal auprès de la Commission européenne a publié un rapport intitulé Education et compétence en Europe. Elle y affirme que « l’éducation et la formation [...] sont considérées comme des investissements stratégiques vitaux pour la réussite future de l’entreprise ». Elle déplore que « l’enseignement et la formation [soient] toujours considérés par les gouvernements et les décideurs comme une affaire intérieure. [...] L’industrie n’a qu’une très faible influence sur les programmes enseignés ». depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts…


Le fait de considérer désormais certains établissements scolaires « comme des entreprises » soumises au même type de gestion, va grandement faciliter la tâche. Une seule « valeur » doit devenir dominante : l’adaptation à la demande supposée du marché. En effet, dès lors que le système éducatif est conçu et fonctionne comme une entreprise décentralisée répondant à une clientèle, c’est cette dernière qui va influencer l’offre éducative, hors de toute notion d’intérêt général. Le système éducatif devient alors une agence de services, chargée de satisfaire des consommateurs faisant valoir leurs intérêts particuliers.


De plus, pour compenser les restrictions orchestrées des crédits, les établissements d’enseignement vont chercher à s’autofinancer, s’adaptant ainsi aux modes de fonctionnement des entreprises, et modifiant les contenus des formations pour répondre aux besoins du marché.


Alors que depuis la Révolution française l’éducation a été érigée en un droit fondamental, mis en œuvre ensuite par un service public, elle est peu à peu transformée en filiale du patronat pour répondre à des besoins mal définis et de très court terme. Il est impossible, dans ces conditions, de développer une vision de long terme et de définir les besoins en qualification de la nation. Tout est mis à l’envers : au lieu de définir les objectifs de développement économique et les qualifications qui en résultent, c’est la marche au hasard du marché qui détermine les qualifications.


Ce qui est en jeu, c’est la « massification » de l’enseignement des années d’après-guerre (l’école pour tous), que les politiques néolibérales veulent mettre en cause. Dans tous les pays européens, le même type de logique se déploie : une tendance à en finir avec un enseignement « unique » jusqu’à 16 ans, pour se limiter à 14 ans (Italie, Espagne, Grande-Bretagne, France, Allemagne..). Pourtant, toutes les études conduites avec sérieux montrent que les performances moyennes et l’équité du système éducatif sont directement liées à l’âge final de la scolarité. C’est une régression intellectuelle, morale et politique sans précédent, que de considérer que le destin d’un enfant est joué à 12 ans. Depuis plus de quarante ans, toutes les études montrent que la réussite scolaire dépend largement de l’origine sociale des élèves. En 1999, 86 % des enfants de cadres sont entrés en troisième générale contre 56 % des enfants d’ouvriers.


C’est là qu’intervient la notion d’ « employabilité », qui va bien au-delà de la seule qualificationprofessionnelle. Le terme apparaît dans les « lignes directrices pour l’emploi » depuis la mise en place en 1997 du « processus de Luxembourg » qui exige de chaque Etat membre de l’Union européenne qu’il soumette un « Plan national pour l’emploi » indiquant les mesures de lutte prévues contre le chômage et l’exclusion sociale. Les lignes directrices pour l’emploi sont divisées en quatre « piliers » : l’employabilité, la promotion de l’entrepreneuriat, l’adaptabilité des entreprises et des employés, l’égalité des chances entre hommes et femmes. On trouve cette notion chez les promoteurs de la « Troisième Voie » anglo-saxonne (Giddens/Blair).


La première version de l’ « employabilité » est à dominante médicale et médico-sociale.

« Employability » signifiait à l’origine « aptitude à l’emploi », le terme désignait, dans les années 50 aux Etats-Unis, les exigences et les apports d’une activité et d’une insertion professionnelles pour un patient frappé d’un handicap physique, mental ou social. Il portait sur la possibilité de construire des itinéraires d’adaptation ou de réadaptation pour des catégories de population affectées de pathologies identifiables : cardiaques, épileptiques, sourds, schizophrènes…


Dès les débuts du XXe siècle en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis lors de la crise des années 30, le terme servait à classer la population en employables, qu’il s’agit de mettre au travail par des politiques de régularisation de l’emploi, et inemployables, population relevant de la charité publique.


L’employabilité, aujourd’hui pour le patronat, c’est :


  • la capacité d’être et de demeurer actif dans un cycle de vie fragmenté et imprévisible
  • un individu qu’il s’agit de mobiliser en renforçant ses capacités d’activité par l’apprentissage « tout au long de la vie »
  • la capacité d’être actif et de se relancer constamment dans une dynamique de mise en projet et non plus simplement l’aptitude à l’emploi
  • la gestion des « capitaux » dont sont dotés les individus et qu’ils peuvent mobiliser pour mener à bien leurs projets sur un marché concurrentiel
  • se constituer en entrepreneurs de sa propre vie
  • un « capital humain » qui intègre autant la santé (le « capital santé ») que la formation, et toutes les compétences personnelles et professionnelles qui doivent être gérées pour être rendues transférables, c’est-à-dire valorisables en-dehors d’une entreprise donnée
  • un « patrimoine » (ou un « portefeuille » de capitaux) dont dispose chaque individu et dont il a la responsabilité
  • la capacité d’un salarié à conserver ou obtenir un emploi, dans sa fonction ou dans une autre fonction, à son niveau hiérarchique ou à un autre niveau
  • (re)mobiliser les individus dans leurs parcours d’insertion professionnelle, sous l’angle de l’ « activation du marché du travail » et de la maîtrise des « transitions professionnelles ».

 

Bien entendu, les partisans de l’ « employabilité » n’évoquent jamais la sort des « inemployables ». Le mot lui-même est tabou. Que faire de ceux qui ne parviendront pas à réunir tous ces critères ? En vérité, c’est pour eux que sont envisagés les différents systèmes de « revenu universel ». L’ « employabilité » va donc accorder une plus grande place à l’individu, ce dernier étant concerné par son propre degré d’employabilité dont il doit partager le constant souci.


Le rôle de l’Etat, et par conséquent du système éducatif, sera de fournir les outils de l’employabilité aux individus, ou d’aider ceux-ci à les acquérir, en amont du marché du travail. L’ « employabilité » est une pièce majeure de la rhétorique réactionnaire associée au projet de destruction de l’Etat social. Les promoteurs d’un « Etat social actif » veulent transformer les individus, de bénéficiaires supposés « passifs » de la protection sociale, en sujets « actifs » de leur trajectoire de vie, disposant de ressources (leur « employabilité », leur « capital humain ») permettant une réinsertion professionnelle au gré des transitions de carrière. Il s’agit d’aider les individus – au premier chef les bénéficiaires de prestations sociales – à mobiliser leur potentiel d’action afin qu’ils puissent réduire leur « dépendance » aux aides sociales.


En réalité, la fabrication d’individus « employables » interdit la poursuite de l’éducation pour tous. Une grosse minorité, venant des enfants des classes moyennes et supérieures, recevra les formations longues. Quant à la majorité des élèves, issue des classes populaires, elle terminera sa scolarité à 14 ans. Un rapport de la Commission européenne, en 1997, le disait très bien, là encore avec le plus total cynisme : « La demande réelle à laquelle est confronté le système éducatif est donc de jouer un rôle de filtre pour hiérarchiser les talents ».


Concernant les chômeurs, le concept d’ « employabilité » présente pour le patronat et l’idéologie néolibérale l’avantage non négligeable d’attirer l’attention sur « l’être » des chômeurs et leur « psychisme ». Il retourne ainsi contre eux la responsabilité de leur privation d’emploi et distrait le public en l’invitant à ne pas trop se mêler des grandes orientations de la politique économique.


L’ « employabilité » va contribuer à bâtir l’ « homme de marché ».


 III.- FABRIQUER L’ « HOMME NEOLIBERAL »


Dans le modèle de civilisation néolibéral, la liberté de l’individu se confond avec celle de l’entreprise. L’individu lui-même devient une entreprise. Il doit donc, lui aussi, s’épanouir dans la compétition et dans une concurrence à l’autre généralisée. Dès lors, se réaliser c’est consommer, toujours plus, devenir toujours plus un super consommateur qui doit jouir le plus possible et le plus rapidement possible. « Chacun pour soi » devient « tous pareils ». Cela implique la fin du particulier, du singulier, qu’il soit individuel ou collectif : même consommation, même culture, même langue – l’anglais -, même politique – la pensée unique -, un seul et même standard. Les différences éthiques, sociales, politiques, nationales, environnementales, culturelles, ne seront plus qu’autant d’entraves au commerce.


La marchandisation du service public d’éducation doit servir cet objectif, elle doit contribuer à former des esprits uniquement tournés vers l’efficacité économique et la rentabilité financière. L’ensemble de l’organisation sociale doit être conforme à l’essence supposée de l’homo oeconomicus, l’individu doit être réduit à sa valeur d’échange. Il doit donc se vendre sur le « marché » du travail pour espérer satisfaire ses besoins personnels.


La marchandisation du système public de l’éducation entraine la dépolitisation de la question éducative. S’il existe des détenteurs de biens (les savoirs), et des demandeurs solvables de ces biens (les entreprises), alors l’échange pourra se faire. Nul besoin dans ces conditions de discuter pour décider s’il faut enseigner les mathématiques, les arts plastiques, plutôt que la littérature ou la philosophie : la demande marchande règlera la question.


La stratégie néolibérale de marchandisation ne s’arrête donc pas aux seules questions de structure, de propriété, de gestion et de financement : elle modifie les contenus de l’éducation eux-mêmes. Il s’agit même d’un bouleversement et d’une mutation des contenus de l’éducation. L’accent mis sur la professionnalisation des programmes se traduit par une diminution de la place de la formation générale.


Il semble que l’expérience désastreuse des Masters of Business Administration (MBA) délivrés par les écoles de commerce américaines n‘ait pas été retenue en France. Beaucoup de jeunes gens passés par ces laminoirs de l’esprit, gavés de techniques, méthodes et autres procédures spécialisées, son devenus des clones désormais souvent rejetés par les entreprises. La complexité du monde, loin de nécessiter d’étroites compétences spécialisées, demande de la culture, du sens politique, une connaissance de l’histoire. Les incultes sortants avec leur MBA en poche sont incapables d’avoir cette profondeur, les différentes crises éthiques et financières américaines ne sont d’ailleurs pas étrangères aux lacunes de ces formations.


La marchandisation de l’éducation met gravement en cause la nécessité de l’éducation comme entrée dans la culture. L’idée se développe que l’école « fait trop de culture », ou « trop de théorie », que les savoirs liés à des œuvres humaines considérées comme importantes dans le passé sont de moins en moins utiles. Ainsi dominera inévitablement une atténuation, voire une suppression de toute formation d’une pensée critique. Les recommandations européennes vont d’ailleurs dans ce sens. C’est ainsi que le Conseil européen de Lisbonne a défini les « compétences sociales » : la « confiance en soi, l’indépendance, l’aptitude à prendre des risques et les compétences relatives à l’esprit d’entreprise ». Le document de synthèse sur les objectifs de l’enseignement précise : « les écoles devraient également exploiter les contacts qu’elles entretiennent avec les entreprises de leur environnement direct dans le but de présenter des entreprises performantes comme modèles dans le cadre de leur cours d’éducation civique »…


Ce sont donc bien les formes d’enseignement et les contenus éducatifs qui sont visés. Ainsi, après formatage, l’ « homme de marché » doit être capable de :


  • se mettre soi-même en projet
  • être un sujet actif et compétitif, plutôt que passif et dépendant, aspirant à l’autonomie et à l’accomplissement personnel dans son activité
  • se constituer soi-même en entreprise à développer, faire croître et fructifier
  • devenir l’entrepreneur de sa propre vie
  • « réaliser son potentiel » dans des « carrefours d’opportunités »
  • devenir une « forme entreprise » qui le mobilise, reposant sur un ensemble de règles de vie comme l’énergie, l’initiative, l’ambition ou le dynamisme, généralisée à toutes les facettes de sa conduite et toutes les sphères de son existence
  • être prudent, de calculer « à propos de lui-même et travailler sur lui-même en vue de s’améliorer lui-même »
  • interpréter sa destinée comme relevant de sa responsabilité propre, prendre des risques pour mener à bien son « projet d’identité », mais des risques mesurés, susceptibles d’augmenter sa valeur marchande
  • se considérer soi-même comme un ensemble de capitaux que l’on peut gérer au gré de ses projets
  • calculer ses investissements existentiels pour ménager ses capitaux : ressources financières, gérer sa santé qui devient un capital précieux, mais également son réseau relationnel, ses aptitudes cognitives et comportementales, ses ressources affectives et émotionnelles
  • assumer la fragilité de sa trajectoire de vie en multipliant les projets « excitants », facteurs d’autonomie et d’autoréalisation créatrice de soi
  • comprendre que la sécurité n’est plus attachée au statut, à la hiérarchie, à la bureaucratie, mais à la succession des projets, la réussite sur un projet permettant d’accéder à d’autres projets plus intéressants, chaque projet étant par définition différent, nouveau, innovant, se présentant comme une opportunité d’apprendre et d’enrichir ses compétences qui sont autant d’atouts pour trouver d’autres engagements
  • considérer sa vie tout entière comme une succession de projets pour laquelle il importe de se détacher de tout ancrage existentiel durable : statuts, titres, carrière planifiée, etc.
  • développer sa connaissance et sa maîtrise de lui-même, sous l’autorité d’ « experts de l’âme humaine »
  • se rendre désirable
  • être nomade et léger, froid et calculateur, rationnel et fonctionnant en réseau.

Pour fabriquer des individus actifs et non passifs, le rôle de l’Etat va consister à supporter leurs « capacités d’activation de soi ». Ces pratiques d’activation vont d’ailleurs étendre ce souci d’employabilité à toutes les étapes de la vie et à toutes les sphères de l’existence. L’entreprise de soi va régir jusqu’aux moindres aspects des activités individuelles. La vie tout entière sera conçue selon le modèle managérial comme une succession de projets, faisant éclater la distinction entre l’activité professionnelle et les autres formes d’activité. L’instabilité de l’emploi n’est plus un problème : c’est une solution. Plus rien n’échappe, en principe, à l’activation, prisonnière des politiques de « gouvernement des conduites » et des « techniques de soi ».


D’autant que ce qui rend le modèle de l’entreprise de soi attrayant, c’est l’intensification de l’expérience qu’il fait miroiter, dans la mobilité incessante et la multiplication des projets. Il se présente comme une offre de découverte de soi dans des expériences nouvelles, intenses, intensifiées. La figure du sujet entrepreneur, c’est à première vue le contraire de celle du sacrifice de sa vie dans un univers de travail abrutissant et aliénant.


Toutes ces élucubrations sur l’ « employabilité » et l’ « homme de marché » sont parfaitement utopiques. Le monde qu’elles décrivent est peuplé d’êtres exceptionnels : compétents, soucieux de se former sans relâche, adaptables, prudents, prenant en main leur destin, entreprenant leurs réorientations professionnelles sans jamais souffrir des ruptures de carrière.


Dans ce « profil », aucune place n’est réservée à la vie sociale, qui est pourtant le fondement de la vie en société. Tout est rapporté à l’individu, rien ne concerne l’intérêt général et l’engagement collectif.


 IV.- DETRUIRE LA CAPACITE D’ACTION COLLECTIVE DES ENSEIGNANTS


Les enseignants, encore très fortement syndiqués, sont en première ligne du combat pour défendre leurs intérêts propres, mais aussi pour le service public et contre la marchandisation. Ils représentent aussi de gros bataillons électoraux de la gauche. Ils ont, jusqu’à présent, empêché les politiques néolibérales de se déployer comme elles l’auraient voulu. Par exemple, les luttes ont permis d’obtenir de la Commission européenne qu’elle retire l’éducation des offres d’ouverture à la concurrence internationale dans le cadre du cycle actuel de négociation de l’Accord général sur le commerce des services. C’est pourquoi les forces néolibérales ont toujours rêvé d’écraser la capacité de lutte des enseignants et des personnels de l’Education nationale.


D’autant, pour le lobby patronal ERT, que les enseignants auraient « une compréhension insuffisante de l’environnement économique, des affaires et de la notion de profit ». Industrie et établissements d’enseignement devraient donc travailler « ensemble au développement de programmes d’enseignement », notamment grâce à « l’apprentissage à distance », « l’enseignement à distance » et la mise au point de « didacticiels » (logiciels d’apprentissage sur ordinateur).


Les politiques de mondialisation, mettant en avant la prééminence des rapports marchands et le retrait de l’État-providence, proposent un projet spécifique pour l’éducation qui constitue un enjeu stratégique pour le développement et la reproduction du capitalisme. La priorité, pour tous ceux qui refusent cette perspective, doit donc être la défense du service public national d’éducation pour empêcher que le savoir devienne une simple marchandise. Le service public doit mettre en œuvre les principes républicains qui ont fait leurs preuves : strict respect de la laïcité ; mise en œuvre de l’égalité ; apprentissage de la citoyenneté ; diffusion des savoirs ; efficacité du système.


Le strict respect de la laïcité doit s’entendre d’un double point de vue : celui des croyances religieuse et celui des croyances économiques. C’est, d’abord, le refus de tous signes religieux à l’école. C’est, ensuite, le refus des signes commerciaux et de la subordination de l’éducation aux besoins du marché. Les fonds privés ou de partenariats public-privé ne doivent pas financer les écoles.


Reste la question du financement public de l’école privée. A terme, ce financement doit cesser. Mais comme les gouvernements qui ont voulu s’attaquer au problème se sont tous cassé les dents, la prudence s’impose. Il faut créer un rapport de forces. Tout d’abord, les causes externes de la crise de l’école (chômage, précarité) doivent trouver une solution (voir plus haut et plus bas). L’école publique s’améliorera immédiatement, réduisant les flux vers l’enseignement privé. Ensuite, il faut avoir en mémoire que dans une décision du 23 novembre 1977, le Conseil constitutionnel a considéré que la liberté de l’enseignement faisait partie des principes fondamentaux de la République. Une réforme constitutionnelle n’est donc pas à exclure, pour permettre l’arrêt du financement public de l’école privée.

Celle-ci doit être soumise à référendum. Au total, ce sont plusieurs années de préparation qui seront nécessaires.


La mise en œuvre de l’égalité nécessite de prendre différentes décisions :

  • gratuité effective
  • obligation scolaire jusqu’à 18 ans
  • intégration des handicapés
  • scolarisation des jeunes enfants dans le service public
  • intégration, à tous les niveaux de l’éducation, de tous les jeunes à besoins particuliers
  • refonte des aides sociales pour atteindre l’égalité des chances
  • un statut étudiant avec une allocation d’autonomie.

 

L’apprentissage de la citoyenneté passe par le développement du sens critique et une instruction civique réactivant les principes républicains. La diffusion des savoirs passe par des connaissances générales (histoire, géo…), et des compétences polytechniques de très haut niveau.


L’efficacité du système nécessite de prendre un soin particulier à son fonctionnement :


  • embauche massive de personnel et titularisation des agents non titulaires et précaires
  • augmentation des investissements publics dans l’éducation (au moins 7 % du PNB)
  • mesure de l’efficacité des établissements scolaires (les critères choisis doivent être définis collectivement par la communauté éducative et les parents d’élèves ; les résultats doivent être débattus ensuite entre tous) sans mettre en concurrence les établissements scolaires, ni publier de « palmarès » des meilleurs établissements. Il faut une émulation et de la qualité, mais se sont les établissements ayant les plus faibles résultats qui devraient obtenir le plus de moyens.

 

L’éducation est un bien public mondial et un droit humain inaliénable. Ce droit est essentiel pour l’accès à tous les autres droits, pour la construction de valeurs basées sur la solidarité, pour l’émancipation et la pratique de la citoyenneté. L’Etat et les politiques publiques doivent assurer à tous les moyens nécessaires à la réalisation et à la promotion de ces droits.

 V.- POLITIQUES EDUCATIVES POUR UN SOCIALISME DU XXIEME SIECLE

On doit à Condorcet des argumentations décisives contre la peine de mort, contre l’esclavage et la traite des Noirs, contre l’exclusion des femmes du droit de vote, ainsi qu’une théorie générale du suffrage et de ses paradoxes. Mais on lui doit aussi la théorie la plus complète de l’école républicaine. Pour la première fois, l’idée philosophique de l’institution scolaire est pensée dans sa relation avec la souveraineté populaire.


L’originalité de cette théorie est de montrer que la construction du corps politique républicain ne peut pas faire l’économie de la question du savoir dans sa relation singulière à chaque citoyen. Le concept d’instruction publique a pour fonction philosophique d’assurer l’articulation entre la souveraineté populaire et la légitimité des décisions qu’elle prend et qui l’obligent sans recours : comment un peuple peut-il se garantir contre ses propres erreurs ? Protéger les savoirs contre les pouvoirs, voir en chaque enfant un sujet rationnel, soustraire l’instruction publique aux volontés particulières et à l’utilité immédiate, telles sont quelques-unes des thèses majeures avancées par Condorcet dans les Cinq Mémoires sur l’instruction publique (1791) et dans le Rapport et projet de décret sur l’organisation générale de l’instruction publique (1792).


La volonté politique actuelle tend à « oublier » ces enjeux, et n’accorde plus dans les missions de l’école, la priorité à ses fonctions anthropologiques (former l’homme) et socio-politiques (former le citoyen). L’école de la IIIème République (Jules Ferry) a promu la laïcité, la gratuité, l’obligation d’instruction, la morale, lire, écrire, calculer... Mais une partie de ses enjeux étaient aussi l’unité du pays, une seule langue, le maintien des discriminations sociales, et donc les valeurs de la bourgeoisie au pouvoir, qui se promeut prioritairement par le rôle qu’elle dévolue à l’Ecole.


 

Pour pouvoir changer l’Ecole, il faudrait pouvoir redéfinir les enjeux liés à l’éducation aujourd’hui, au regard d’une conception politique et éducative claire, prenant en compte les avancées, les erreurs, mais aussi les caractéristiques des politiques d’éducation de ces dernières décennies.

 

http://www.m-pep.org/spip.php?article719

 

 


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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 09:33

Les manifestations se répandent dans tout le pays, la colère monte...


http://www.sitecommunistes.org/ch327greve_fichiers/image002.pngAprès la forte mobilisation des enseignants, les cheminots appellent à l’action le 12 décembre. De nombreux travailleurs ont participé à des manifestations le week-end dernier contre les vagues de licenciements massifs dans les entreprises. D’autres s’opposent aux mesures d'austérité, aux augmentations de l'impôt sur le revenu qui frappent des millions de travailleurs, aux augmentations de taxes.


Les sondages indiquent que les deux tiers de la population sont prêts à rejoindre les manifestations de masse contre les taxes et pour les emplois. Les conditions nécessaires d’une montée de la lutte sont réunies.


La Fédération CGT de la chimie appelle à un rassemblement de lutte ce jeudi 28 novembre prochain devant Bercy, Plus de 1200 travailleurs de La Redoute ont occupé la place centrale de Lille pour manifester contre 700 suppressions d'emplois. Des centaines de travailleurs de l'usine Goodyear d'Amiens ont occupé et bloqué l'usinemenacée de fermeture avec la suppression de 1173 emplois.


Les sages-femmes sont en grève depuis plus de trois semaines. Six mille d’entre elles ont protesté, autour du ministère de la Santé. Les journalistes de la télévision publique ont également organisé une grève nationale contre un plan de licenciement de 361 emplois


Le fabricant d'appareils ménagers Fagor-Brandt qui emploie 1870 travailleurs s'est déclaré en faillite. Selon le bilan annuel d’un organisme officiel (Coface), 43 981 entreprises ont déposé le bilan en France au cours des douze derniers mois. Les grandes entreprises, de la Société Générale à Alcatel-Lucent en passant par la Redoute ou Thalès annoncent chaque jour des fermetures de sites et des suppressions de centaines d’emplois.

 

Le recul général des conditions d’emploi se poursuit et s’aggrave


Le gouvernement socialiste a taillé sur mesure des lois comme l’Ani, pour aider le patronat à exploiter les salariés et à les jeter à la rue quand bon leur semble.


Le ministère du Travail vient de révéler que le nombre de CDD de courte durée a explosé ces dernières années. En dix ans, le nombre de CDD de moins d’un mois a plus que doublé, passant de 1,8 à 3,7 millions. Dans les entreprises, les travailleurs précaires sont devenus la variable d’ajustement à laquelle on fait appel pour quelques jours.


Le 26 novembre le gouvernement a imposé, par un vote bloqué, sa loi de régression sociale portant sur la réforme des retraites. Celle-ci se traduira par une augmentation de la durée de cotisation, un recul de l'âge de départ en retraite, une diminution des pensions et dès maintenant une perte de pouvoir d'achat des retraités.


Le gouvernement PS continue à faire passer de nouvelles attaques contre la classe ouvrière et couvre de cadeaux le patronat.


Dans le quotidien Les Échos, le ministre PS chargé du Budget Bernard Cazeneuve a promis « d'aller plus loin dans les coupes, » et de supprimer encore 3 milliards d'euros du budget public. « Nous avons déjà décidé de 15 milliards d'économies pour 2014… en 2015, il faudra porter notre ambition encore plus loin, et continuer en 2016 et en 2017 ».


Des études qui illustrent la détérioration de la situation :


Les Restos du Cœur viennent d’ouvrir leur 29ème campagne. Ils s’attendent à accueillir, pour la première fois, plus d’un million de personnes… Six millions d’adultes sont en situation d’« insécurité alimentaire », ils n’ont plus les moyens de se nourrir… Au Secours Populaire les colis alimentaires ont été distribués cette année à 13 % de personnes en plus… l’Unicef révèle qu’en France, un enfant sur six est dans une situation d’exclusion sociale… Selon les chiffres de l’Insee, en 2010, 2,7 millions d’enfants vivaient dans des familles sous le seuil de pauvreté, ce qui représente déjà 19,6 % d’enfants pauvres. Depuis cette date, la situation n’a fait qu’empirer.

 

L’argent existe, dans les coffres-forts des banques et du grand capital.


D’après une étude publiée par Les Échos, la fortune des milliardaires de la planète a doublé depuis mars 2009, passant de 3 100 milliards de dollars à 6 500 milliards. Leur nombre s’est accru de 60 %.


Le capital et son gouvernement refusent le minimum de ce qui est nécessaire pour que les salariés fasse vivre leurs familles. La richesse c’est pourtant eux qui la produisent, mais ce sont les exploiteurs qui se gavent les profits. Oui, il est temps que ça change !


Toutes les forces qui ont soutenu le PS et l'élection de Hollande, préparent les prochaines élections et se mobilisent pour dévoyer le combat. Avec ses déclarations démagogiques, le Front National surfe sur le mécontentement pour le mettre au service du grand capital financier. Tous ont peur que la lutte permette d’ouvrir une perspective de changement réel pour le peuple.


Rassemblons-nous, c’est urgent, pour lutter, pour mettre un coup d’arrêt à la politique du capital et du gouvernement socialiste à son service, pour imposer nos revendications.

 

source: http://www.sitecommunistes.org/

 

 

 

 


 

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